"Ce blog pour réapprendre aux femmes à aimer vivre avec les hommes, et mieux comprendre le monde francophone contemporain"
Sébastien

"Selon les statistiques, il y a une personne sur cinq qui est déséquilibrée. Si tu es avec quatre personnes, et qu'elles te semblent toutes saines, ce n'est pas bon."
Jean-Claude Van Damme

"Je dédie ce blog à Naples, aux femmes, à la géographie, à la mesure et à l'intelligence."
Guillaume


vendredi 19 août 2011

De Roxane à Jean Claude Vandame : quelle psychologie pour quelle communauté subjective ?


La carte ci-dessus de C. Vandermotten, simplifiée par son disciple F. Dobruszkes, représente un aboutissement de la géographie belge parce qu'elle explique, entre autre, pourquoi les français sont cons.
Chacun des figurés de la cartes, de "métropolitain" à "périphérique", représente le profil d'une économie régionale. Parce que les sciences sociales se rapprochent des sciences cognitives, ces régions économiques sont aussi des "communautés subjectives" disposant chacune d'un "destin commun", projection de la psychologie de leurs habitants. 

A tout seigneur tout honneur, Paris. La grosse tache noire de la carte représente l'espace économique "métropolitain". Ce dernier est un espace global hyper-connectif dont l'économie est prioritairement  relationnelle et informationnelle. Au sein de telles villes, la mobilité, la co-présence et la télécommunication s'exacerbent mutuellement.  

 Parisienne en train de fabriquer du miel économico-cérébral à partir d'une interaction amoureuse
      
Les citadins de la métropole globale s'accordent en genre et en nombre : les interactions amoureuses sont étroitement associées à l'organisation social du travail pour produire de la valeur. En témoigne Roxane (photo ci-dessus), dont le regard buté, scrutateur, la mâchoire prononcée et volontaire, montre bien les effets d'une intense transmission télé-émotionnelle d'informations amoureuses, dont la conséquence est l'élaboration d'une masse économico-cérébrale, sur laquelle repose le destin commun métropolitain. 

En France, une étroite alternative possible à la métropolisation parisienne est représentée par les espaces sub-centraux. Il s'agit  d'économies autrefois centrales, à une époque pré-globale, et présentement effondrées. Ce sont des espaces psychologiques névrosés (Lorraine, Pas-de-Calais, nord de l'Angleterre,Wallonie) où l'abondance infra-structurelle et matérielle est réelle, bien qu'un peu rouillée, mais où l'espace social est de moins en moins interactionel, de plus en plus cognitivement figé. Il en résulte une forte obsession mentale à maintenir opérationnelle la chaîne d'approvisionnement, autrement dit de remplir les placards de la cuisine, au détriment d'une intelligence plus vive, dépendante de la distance à l'autre et de l'instant. Le matériel et l'efficacité opératoire sont là pour compenser la faiblesse de l'environnement social. 

Portrait du provincial type, "sub-central" ou "intermédiaire", qui compense son manque de capacité relationnelle par de la logistique embarquée dans une perspective opératoire de désenclavement. 
Le cyborg, parfaitement incarné par Jean Claude Vandame (honneur aux Belges), représente l'évolution la plus aboutie du provincial. Une communauté de chercheurs laborantins, connectés au "web of science", produisent de l'intelligence de synthèse, laquelle est distribuée, via des opération logistique "embarquée", vers les habitants d'espaces sub-centraux en crise, dont l'appartenance à la communauté subjective est plus lâche, et la clairvoyance du destin commun plus floue. 

Le citadin métropolitain (Roxane ou Cyrano) est davantage exposé que les provinciaux (les cyborgs) aux mutations socio-économiques engendrées par la concurrence entre aires métropolitaines (les taches noires de la cartes). La forte vulnérabilité du discours parisien, amoureux ou capitaliste, a pour conséquence de voir se démultiplier la production de figements cognitifs, comme si, une nouvelle fois, l'automatisme des procédés de fabrications, aussi sophistiqués soient-ils, pouvait compenser une langue battue en brèche dans sa primatie. Il fait peu de doutes que les parisiens ont une psychologie perturbée par le leadership londonien sur le monde global, certains analystes anglais vont même jusqu'à prévoir l'annexion prochaine de Paris par Londres. Paris serait rebaptisé "Parlon".

Si les marges de la centralité sont soumises à un certain jeu qui rend difficile la distinction entre ce qui est vivant et surgelé, la géographie économique de la France ne fait pas dans la nuance. En effet, la carte présentée ci-haut montre un passage brutal de l'espace hyper-connectif francilien aux espace "intermédiaires" profondément enclavés, non plus faute d'infrastructures, car on s'est appliqué à construire des routes partout, mais, davantage, isolés psychologiquement par un déficit de co-présence induit par une hyper-mobilité physique engendrée par un aménagement du territoire décentralisateur. Les petites bourgeoisies bêtement snobs et consanguines d'une province encore féodale, gagnent-elles en intelligence une fois désenclavées, à errer sur les routes départementales comme des poissons au fil de l'eau ?

Bourgeois de province dont la co-présence incestueuse se voit perturbée par la mobilité induite par un désenclavement décentralisé
En France, contrairement à l'Allemagne, l'Italie, la Flandre, il existe peu d'espaces "centraux" (Lyon en serait un, du fait de ses liens avec l'Italie, de même que l'Alsace avec l'Allemagne). Un espace économique central peut, peut être, se définir comme une économie urbaine très élaborée, mais pas directement reliée à la globalisation et donc pas exclusivement dépendante de cette dernière. Selon Henri Pirenne (historien belge fondateur de l'histoire urbaine à la fac de Gand), ces villes flamandes, allemandes et Italiennes, qui furent les plus importantes du Moyen age, auraient conservé des fonctions relationnelles "capillaires", une certaine culture urbaine héritée de leur longue histoire commerçante. Par exemple, Braudel qualifie Gênes au 16e de "lourde masse historique et monumentale, pôle actif d'un capitalisme précoce et envahissant". Ce même capitalisme qui a fait passer les cités centrales d'hier à un plan secondaire aujourd'hui, alors que les monstres métropolitains, du genre de Paris, n'auront toujours fait que croître.

On peut poser la question d'une capillarité culturelle parisienne qui serait légitimé par une longue histoire urbaine. Ne serait-ce pas une illusion? Si les espaces "centraux" de type italiens sont des régions urbaines polycentriques "structurées", Paris est t'il une région métropolitaine ? Si ce n'est pas le cas, le "petit centre splendide" de Michael Storper, est alors détenteur d'une culture symbolique adressée aux banlieues incultes, aptes à jouer leur rôle de plèbe, ce qui n'est pas le moindre inconvénient, humainement parlant, de ce type d'organisation. 


En conclusion, et si croissance & décroissance, n'étaient que des tentatives de piloter des organisations économico-psyco-sociales françaises dont la trajectoire est aléatoire ? Puisqu'il n'existe aucun tissus économique structuré en province, et vraisemblablement pas en île de France non plus, pourquoi ne pas encourager la conversion des espaces français provinciaux depuis les espaces centraux européens, c'est à dire de considérer le territoire aménagé depuis ses frontières ? 



SA
Voir aussi :
http://spqrxx.blogspot.com/2011/09/la-province-desenclavee-par.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/08/un-americain-fait-scandale-paris-une.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/08/vous-non-plus-vous-nhabitez-pas-orleans.html





jeudi 18 août 2011

Italo Calvino et la communauté subjective.

Sous les murs rouges de Paris s'était déployée l'armée de France : Charlemagne devait passer les paladins en revue. Ils attendaient depuis trois grandes heures dans la touffeur d'un après-midi d'été, un peu couvert, nuageux, on mitonnait ans les cuirasses...

Ainsi débute "Le Chevalier inexistant" d'Italo Calvino.
La scène donc, on ne peut rien vous cacher prend vie à Paris, sous ses murs rouges, exactement.
Ce n'est pas du Paris historique, ni même mythique dont il est ici question, mais d'un Paris générique auquel Calvino a recours en bon oulipien.
Vous savez c'est ce Paris auquel on fait référence quand on demande à un décorateur de faire "petit Paris", par exemple, c'est ce qu'évoque le mot Paris, comme le ferait , c'est l'ensemble de l'imaginaire agrégeable autour du dit mot.
C'est ce que vous entendriez, ou plutôt pas forcément vous, mais eux lecteurs lambdas italiens lorsque leur dit "Parigi". Certains répondent  "Jean Louis David."
Plus personne ne prétend plus que ça ait un quelconque lien avec la réalité, mais immanquablement, ça la devient, et c'est ça le problème.

C'est la même chose avec la nationalisme. En tout logique, la nation c'est ce que nos amis Québécois appellent la communauté subjective, l'ensemble de personnes qui se reconnaît ou plutôt se reconnaîtrait, car cela reste théorique dans une communauté de personnes, en raison de critères subjectifs, par exemple, comme au Québec, parce que que l'on y soit Québécois de souche, sans papier du grand nord, ou maghrébin de France, on y parle Français...
C'est ça la nation, c'est donc finalement ce qui se rapproche le plus de l'idée d'universalisme et de droits de l'homme, en ce moment.
Or la nation n'a pas la côte. La nation, c'est pour les racistes, pensent les gauchistes.
Les gauchistes en viennent donc à proposer des concepts de territoires, bien plus éloignés de la défense du service public que l'idée de nation. On en vient donc à préférer une taxation CO2 au kilomètre parcouru. Ainsi on peut manger des fraises espagnoles pour moins cher à Biarritz qu'à Paris, à une taxation nationale ou européenne.
A ce moment il n'y plus qu'une vieille trotkiste pour signaler que l'idée qu'on paie un melon plus cher à Lille qu'à Marseille la choque. On lui rit au nez.
Ce qui s'oppose à la nation, c'est la patrie, c'est-à-dire l'ensemble des caractères qui font que des personnes nées sur ou habitant un territoire se reconnaissent d'ici plutôt que de là-bas. Je suis loin d'être contre, mais admettons que la patrie se situe dans le paradigme du terroir, de la terre, de ce qu'on appelait avant sans le moindre implicite la race auvergnate, ou lorraine, race qui n'ont rien de génétiques, mais que l'on pensait déterminée par le climat, la nourriture, le patois...
Au contraire, la nation ouvre la paradigme de l'universalisme, des Lumières, du progrès humain. La nation est évidemment de gauche.
Or, ce n'est pas qu'une histoire de mot. Si les gauchistes défendent le territoire plutôt que la nation, c'est qu'il sont peur du mot, pas de la chose. Ou qu'en ayant peur d'un mot détourné, ils finissent par rejeter une idée qui elle est toujours la même ou n'a pas en tout cas de remplaçante.

Ainsi, une fois de plus, la vision des alternatifs de gauche est inspirée en droite ligne de leur phobie du Front National.
Comme dit un ami, voilà une bonne raison pour parler de communauté subjective plutôt que de nation, pcqu'au moins les gars du FN ne sont pas en mesure de comprendre de quoi il s'agit. Mais jouer comme ça, avec les mots à saute-moutons est fatigant.

Quant à Paris, l'ennui c'est qu'il s'agit aussi et avant tout, pour nous franciliens en tout cas, d'une place réelle. Or il est interdit d'en faire autre chose qu'une plage de cocotiers. Une plage de cocotiers avec du sable blanc, en vérité ça n'existe pas, mais c'est très facile à faire avec Photoshop. Or, d'une certaine manière, les Parisiens photoshopent leur ville du matin au soir, mais pour de vrai ! Et les banlieusards n'ont plus que les mains pour se cacher les yeux en voyant ça.
Les choses sont d'abord des mots, certes, mais quand la chose et le mot fusionnent, c'est souvent pur le pire.

mercredi 17 août 2011

Les filles roses et les garçons bleus.

En feuilletant "Silence", je suis tombé sur un article relatant la sortie d'un énième livre expliquant que les filles étaient programmées par leurs parents pour s'habiller en rose et les garçons en bleus, le chroniqueur indiquant implicitement que c'est évidemment scandaleux.
                                   Charmante petite fille toute rose cachant bien ses griffes.
C'est un vieux malentendu. A des moments donnés, dans l'histoire de l'humanité, on redécouvre l'existence de la notion de culture qu'on avait oubliée. Alors on découvre horrifié ou étonné, selon niveau de culture justement, que tout au long de notre vie, et spécialement dans notre enfance, nous sommes amenés à nous constituer un être social. C'est-à-dire tout bêtement à connaître et à s'adapter à la société dans laquelle nous serons amenés à vivre.   
                                                                   Schtroumpf bêta.
Les pourfendeurs de traditions aussi infâmantes que d'habiller les garçons en bleu et les filles en rose sont victimes d'une erreur profonde de jugement. Ils pensent qu'il existe un être naturel et un être perverti par la société -entre parenthèses ça n'a rien à voir avec ce qu'en dit Rousseau-. Si on suit le raisonnement, enseigner des rudiments de religion ou faire baptiser son nouveau-né est, sans son assentiment est coupable. Reconnaissons que ça va plutôt dans leur sens. Mais si on continue, il faudra aussi empêcher le enfants d'apprendre la langue de leur mère, avant qu'ils ne soient en âge de choisir la langue qu'ils souhaitent étudier. Or, il semblerait que ce soit bien l'apprentissage de langues comme le français où l'orthographe n'est pas phonétique qui déclenche des cas de dyslexie, maladie inconnue dans des pays comme l'Espagne ou l'Italie. Oui, mais si on est né en France, il faut prendre le risque d'apprendre à parler français.  
Souvenons-nous de Montesquieu : "Il faut connaître les moeurs de l'époque où l'on vit, afin dene point trop les suivre, ni point trop les choquer."
Le moment pour les garçons de s'habiller en rose et pour les filles de mettre des jeans viendra bien assez tôt...

Si ce genre de contresens m'agacent c'est qu'ils survivent comme des souches bactériennes dans la pensée des groupes de pensée dits "alternatifs". Or, nous avons besoin de ces gens, mais ils sont rendus inoffensifs dans leur lutte contre la pensée unique par ce genre de raisonnements simplistes.
Hier même, j'étais confondu d'entendre une militante de la décroissance expliquer que toute mesure "protectionniste", était plus ou moins nationaliste et en ce sens, témoignait d'un replis sur soi.
C'est déprimant parce que cela confirme que le piège consistant à confondre l'ouverture aux migrations et l'ouverture aux produits manufacturés des grandes usines étrangères est justement tendue par les multinationales de la culture est bien encore opérant à 100%.

lundi 15 août 2011

Votre sociologie, je vous la sers saignante, à point ou bien cuite ?


C'est Jean-Jacques Simard, le fameux pourfendeur québécois des idées reçues, qui m'a donné envie d'écrire contre les sciences sociales, mon premier article publié en 2005. C'est dire si les sociologues me posent question depuis longtemps. Dans l'extrait ci dessus, on voit que la sociologie ne s'exprime pas simplement.  Au début du film, un gros jeune homme pose une question au professeur sur les "élites" de la nation. Ce dernier tique très ostensiblement, il semble ne pas comprendre la question : "les élites de quoi", dit il, du "peuple", ose t'il, de la "majorité"....de plus en plus dubitatif.  Le gros jeune homme comprend parfaitement où le sociologue veut en venir et reformule sa question de manière plus recevable : il veut parler de "la différence entre les gens qui travaillent à définir sur le plan théorique et conceptuel  la nation, et les individus qui la composent". La réaction est immédiate, le message est très bien passé, la question est limpide à présent. Limpide parce qu'on parle de représentations, dans cette idée que le peuple n'existe que par l'idée qu'il se fait de lui même, ou encore que les élites ne décident pas de quoi que ce soit, mais réfléchissent, comme un miroir, l'image que le peuple se fait de lui même. Tout est toujours comme ça avec les sociologues, ils sont métadiscursifs à fond la caisse.
Et tout est dit. Dans la suite de son intervention, Jean Jacques Simard revient avec les élites mais cette fois avec les mots de l'historien : élites économiques, religieuses de la Nouvelle France. Il pourrait même parler de la chute de Rome, peu importe, puisqu'on a bien compris qu'on était dans la mise en scène sociale. Il conclue avec cette phrase magnifique qui répond aux canons de la perfection sociologique :  " le peuple ne peut pas se projeter intégralement dans ses élites, ce qui réduit leur capacité à informer le destin commun, mais, depuis la Révolution Tranquille, les élites ont repris pieds au sein de la communauté subjective".

Sur la vidéo, le professeur a l'air souriant et affable, pourtant, comme tous les sociologues, il lui arrive de faire de saines colères, en particulier lorsqu'il témoigne de l'éternelle oppression des opprimés par les oppresseurs, mais pas uniquement. Il gueule, plus surement, quand il constate, à la manière d'un critique de théâtre, que la mise en scène du jeu social par tels acteurs, est non seulement bidon, mais, qu'en plus, cette mauvaise pièce est susceptible de perturber le spectateur "dans sa compréhension du destin de la communauté subjective".  

Il m'a toujours semblé qu'il y avait quelque chose d'un peu vain dans ce courant d'idée qui travaille sur les discours et les représentations, parce que, quoi que le chercheur en science sociale expérimente, il est toujours, sur ce terrain, beaucoup moins bon qu'un critique littéraire, lequel ne peut que se sentir mal à l'aise face à cet usage abusif des procédés littéraires (figures de rhétorique, de style, d'analogie...) pour parler du social.
SA









Les sociologues : ces flics de la pensée 1


Ce matin se tenait une brocante, baptisée du doux nom de vide-grenier, sur le parking de l'Intermarché de Draveil. J'ai trouvé un exemplaire du livre ci-contre datant de 1975, dont j'ai décidé de faire l'acquisition parce que le discours qui y était tenu me semblait, en le feuilletant, mesuré. Quelle ne fut pas mon erreur... Erreur qui m'a conduit a flanqué ce truc dans ma poubelle entre les épluchures d'oignon et les boîtes de thon vides où il trône encore.



Par expérience, les sociologues m'ont toujours exaspéré : est-ce parce qu'ils parlent de représentations ?
est-ce parce qu'il parlent (mal) du discours ?

"Dans toutes ces luttes qui remettent en cause la misère et la répression sexuelle, les rapports de couple, la famille traditionnelle et l'éducation répressive des enfants..."
C'est là que j'ai tiqué : "l'éducation répressive des enfants..."
Il poursuit : "le problème central demeure la libération des femmes."
Dans ce paragraphe il y a des choses péremptoires, des choses implicites, mais surtout des choses prescriptives. Exactement le discours d'un flic qui vous expliquerait que 1, c'est une infraction, 2 c'est immoral, 3 vous n'êtes pas malin de vous être fait chopper, 4 de toue façon c'est son métier c pas lui qui décide, 5 il s'agit d'un agent assermenté vous lui devez le respect, 6...
Toute propositions qui se contredisent les unes les autres mais qui ont en commun de présenter un discours d'autorité.Or, c'est exactement ce que font G.Falconnet et N. Lefaucheur dans ce livre. Ils ne décrivent pas vraiment, pas bien en tout cas. Ils ne jugent pas vraiment, ils ne définissent pas vraiment les bases d'une nouvelle société de leur invention. Mais ils usent à plein de leur position de sociologue.
Si le mot "répression" revient sans arrêt dans leur discours, c'est que ce sont justement des malades de la répression. Pas moyen de penser librement avec un sociologue dans le coin. Quoique vous pensiez le sociologue s'estime en roit d'analyser cette pensée, et non le discours qui la contient justement.
Il faudrait lire le truc en entier pour faire une analyse stylistique, on s'apercevrait, probablement, que le vocabulaire de la répression y est sur-représenté.

Volons à a la page 82 sur laquelle je suis tombé en ouvrant le livre au hasard.

1-Un des deux auteurs s'en prend au coït interrompu, parce que dit-il : "Il met la femme dans une position subordonnée puisqu'il va dépendre de la maîtrise de son partenaire, et non d'elle-même qu'elle ne se retrouve pas enceinte."
Ce sont évidemment les mêmes gars qui n'hésiteraient pas à dire que si la femme prend la pilule, c'est l'homme qui se décharge de cette responsabilité.
Ce qu'ils font effectivement page suivante.

2 - "Enfin, faire jouir les femmes est devenu une composante de la virilité. C'est certes un progrès par rapport au puritanisme, même si c'est par désir de possession, même si les hommes n'ont guère plus de science qu'avant."
Qu'en savent-ils ces 2 connards que les hommes n'ont pas plus de science qu'avant ?
C'est sans doute qu'eux en ont beaucoup pour pouvoir en juger...
Le sociologue es là pour réfréner les pensées coupables. Vous pensez que faire jouir votre femme relève du progressisme ? Ca se pourrait mais en fait non, tout ce que vous pensez ne révèle que votre désir de possession. Arrêtez donc de penser, laissez faire les professionnels.

3- Un homme raconte que sa femme l'a quitté pour un Nord Africain.
Notes des auteurs : "Le préjugé raciste attribuant aux Arabes des qualités viriles particulières est très répandue en France...aux Etats-Unis, c'est aux Noirs qu'on les prête. Mais cela prouve bien que Bernard a été atteint dans sa virilité."

Ce "Mais cela prouve bien que Bernard a été atteint dans sa virilité" m'exaspère car sous couvert d'analyse scientifique il tombe comme le couperet d'une punition. Bernard a eu une pensée malsaine en pensant que sa femme l'a quitté parce qu'il ne savait pas la baiser. Hop, punition suprême, les auteurs le taxe de racisme.
Sa femme a quitté Bernard, Bernard est atteint dans sa virilité. Bon. Ils voudraient qu'ils soit atteint où ?

Tout ça sur la même page. C'est étonnant comme ces types avec tout leur attirail dialectique de pacotille semblent ignorants de sentiments humains, somme toute assez évidents.
Mais le plus insupportable c'est qu'on sent dans des remarques comme celle-ci qu'il savent où ils souhaiteraient emmener les hommes pour leur bonheur. En 'autres termes eux ont trouvé le sens de la vie.
On est bien content pour eux.

La seule chose qui me rassure c'est qu'en cherchant si Georges et Nadine constituaient un couple de sociologues, j'ai constaté que Wikipédia n'avaient jamais entendu parler d'eux.
Ca prouve que la horde de wikipédants toute généreuse de son savoir qu'elle est ne s'est jamais préoccupée de ce genre d'histoires.

vendredi 12 août 2011

"Vous non plus, vous n'habitez pas Orléans ?"

...me dit un cafetier maghrébin ayant pris commerce près lieux, sans doute, où vainquit, pour 1ere fois, la pucelle.
Par une tiède journée d'été je m'étais rendu dans ladite ville avec l'idée de vérifier si elle faisait partie de la banlieue très lointaine de Paris ou était déjà raccroché à ce désert médiatique que l'on nomme la province. Arrivé la nuit tombé, je gardais peu d'espoir de trouver une réponse définitive ce soir à mes questions jusqu'à ce que le cafetier me la serve sur un plateau avec ma bavette, mes petit pois et mon demi de 16.


L'autre non-orléanesque de la soirée était un militaire de Dijon en congé voir ses filles qu'en âme simple il avait invité au café pour l'occasion. Les trois grâces à travers ris espiègles et rires convulsifs  revêtant un physique pour le moins mauresque et témoignant ainsi des goûts en matière de femmes du papa. Le fait que le fils du patron officiait aussi sous les drapeaux, aurait pu finir par le mettre dans les petits papiers de ce dernier. Mais il n'était pas d'Orléans....
"Dijon, c'est de la merde, s'exclama tout à coup le patron
"Ah, non, non quoi, là, non, vous ne pouvez pas dire ça, c'est un belle ville" maugréé le "20 ans de carrière", qu'on imaginerait tout à coup beaucoup plus volontiers en train de découper un filet mignon que de massacrer du taliban.
 IL y a des fleuves infranchissables entre Orléans et Dijon, c'est ce qui fait l'agrément d'un séjour province. Mais tant il est vrai que deux villes de province peuvent se mesurer à coup de joutes poétiques car elles ne se sont jamais contemplées yeux dans les yeux; toute confrontation avec la ville lumière s'avère nulle et non avenue, tant la réalité frappe alors dans toute sa crudité le moindre petit bar perdu d'Orléans.   Je finis ma bavette et pris congé.

voir aussi :

http://spqrxx.blogspot.com/2011/08/de-roxane-jean-claude-vandame-quelle.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/08/un-americain-fait-scandale-paris-une.html


jeudi 4 août 2011

Un américain fait scandale à Paris : "une région moins splendide que son petit centre"


"J'ai peur que pour le Grand Paris, on va mettre l'accent exclusivement sur l'aménagement du territoire. C'est bien la tradition  française du décloisonnement".  

"Tout le monde le sait ! on ne sait pas où vont les budgets. C'est clair qu'il y a un manque de transparence. Ca freine la gouvernance moderne de la région". 

"Paris est un petit centre"

Tels sont les propos tenus, tout sourire, par l'universitaire francophile américain Michael Storper, qui a choisi de perdre 1/3 de son temps dans la ville lumière, le second tiers à Londres, et le dernier à Los Angeles.
On se demande vraiment s'il comprend grand chose à ce qu'il raconte ici, mais il faut admettre qu'il a l'air d'avoir son idée, bien davantage, il a même l'air d'être persuadé d'avoir un point de vue bien tranché, et c'est assez surprenant. Comme si, par une nuit d'hiver, dans un club échangiste de Nantes, tout d'un coup, un grand américain débarquait, l'air convaincu et les fesses à l'air, bien décidé à pénétrer au sein des d-ébats furieux qui agitent le Grand...canapé rose du salon sur lequel des intellectuels échangent de position.  

On observera avec le plus grand soin la technique de "concession" typiquement américaine, destinée à rester copain avec l'interlocuteur : 
"Une région parisienne...moins splendide" pour ne pas dire moche.
Un aménagement du territoire...certes totalement nécessaire" pour ne pas dire carrément nuisible.  
Vraiment surprenant ces américains. 
SA






dimanche 31 juillet 2011

La mondialisation pour les dépravé(e)s, vue de mon moulin.

Terminée l'époque où un coin de banlieue pouvait prétendre à un isolement comparable à celui d'un monastère du Tibet libre avant l'invasion chinoise.
Voyez, moi-même qui habite -paraît-il- l'ancienne chambre d'Alphonse Daudet à Champrosay pour l'été, je reçois de mon moulin des dépêches de l'Europe, voire un monde entier.
Voici par exemple ce que m'envoie un collègue français résidant en Allemagne :
"Suis totalement déprimé. J'écris à un prof de Dijon. Je reçois ça :


Bonjour depuis Kanazawa, Japon.
Je suis actuellement en mission en Asie, retour à Manille, Philippines ce lundi, et en France le 18 août.
Recontactez-moi après le 18 août.

"Non ne posso proprio piu"-ajoute ce collègue-
Y a un problème de distance en France."

"Voilà un bel exemple du snobisme qu'entraîne le déplacement dans notre beau pays" lui réponds-je, tandis que mes pommes de terre bouillent dans mon moulin.
Ce professeur en effet une écriture lapidaire pour accoucher d'une prétérition : "Je répons que je n'ai pas le temps de répondre." Prétérition à l'intérieur de laquelle il insère des éléments propres à exaleter le déplacement et sa propre personne, objet du déplacement. Passe encore le fait qu'il se dise en mission, si les professeurs d'Université ne peuvent plus se prendre pour Indiana Johns ou 007, où va t-on ? Mais pourquoi préciser qu'il sera au Philippines, ce lundi, où il n'aura pas plus le temps de répondre, s'il demande de toute façon question de qu'on ne le recontacte qu'une fois le contact avec la mère-patrie retrouvé le 18 août ? Le monsieur en question est tellement surchargé de messages qu'il demande qu'on lui en envoie encore un supplémentaire après le 18 août, afin qu'il puisse s'y retrouver. Hors de question de mettre un signet fut-il numérique afin de prendre le temps de répondre à son retour.
Il faut donc admettre qu'un professeur, reconnu comme tel, et donc certainement d'un certain âge, éprouve le besoin de se faire mousser auprès d'un étudiant d'un trentaine d'années qui n'en peut mais, et sans même que ce dernier appartienne à la gent féminine. La psychologie d'un tel personnage en dit évidemment long sur l'état de l'Université française.
De mon côté, je reçois un message d'une japonaise m'indiquant que je peux venir passer la nuit avec elle, si je le désire, le 12 août, soit 6 jours avant le retour du dit-professeur, mais seulement à cette date, et à condition de m'en aller aux aurores, sur les doigts roses desquelles elle devra prendre un avion pour San-Francisco. Elle dit qu'elle est "pretty booked" tous les autres jours. A ce que j'en comprends, cela signifie qu'elle est "joliment overbookée" !
On en prend d'autres et on recommence. Eu un échange SMS avec une Florentine, hier.
La belle est passée à Paris au début du mois, régler un problème avec ses Assedics -en voilà une qui me décomplexe de toucher les miens- semblerait-il mais n'a pas eu le temps de m'appeler. Qu'à cela ne tienne elle est revenue il y a quelques jours hanter son appartement de Belleville mais a dû repartir illico, car elle a du travail en Italie. Qu'à cela ne tienne elle doit revenir fin août et me dit "Si . A bientôt."
Quel monde formidable !

G-A

mardi 19 juillet 2011

Le transport amoureux expliqué à ma copine 2







Vor der Kaserne, Bei dem großen Tor, Stand eine Lanterne, Und steht sie noch davor, So wollen wir uns wieder seh'n, Bei der Lanterne wollen wir steh'n


"Devant la caserne, près de la grande porte, se trouve une lanterne devant laquelle elle se tient. Nous voulons nous revoir, sous la lanterne nous voulons rester".


Aujourd'hui ce n'est plus Lili Marlène, mais un petit camion Mercedes de chez Schenker qui est sous la lanterne à la tombée du jour. Sauf le fait que ce soit  plus difficile de lui faire l'amour, rien n'a vraiment changé en Allemagne. 


Sa



mardi 12 juillet 2011

Degaulle


Le cinéma est une vaste blague qu'il ne faut pas prendre au sérieux, pas plus que la musique et la peinture.
Et pour le gaullisme, il est temps de ficher ce truc à la corbeille à papier.
SA

Les trois ivresses allemandes

La langue allemande est plus riche que la langue française. Et c'est ce qui me plait, même si ceux qui la parlent sont un peu...comment dire...enfin ce que Blaise veut dire quand il écrit : "Cet air réjoui de faire du mal qui est un des rares traits d'indiscipline qui perce sous la morgue allemande, trait foncier du caractère qui rend ce peuple si antipathique".

Au lieu de demander banalement une Peronie grande comme à Naples, ou une Becks à Palerme, la langue allemande passe instantanément et vulgairement de l'objet au concept, à la métaphore, à la métaphysique. Et tout est toujours comme ça chez eux. Ainsi, le Suisse Victor Tissot note, en 1875, que quand on débarque dans un bar de Berlin, on ne demande pas une bière, mais on paye d'avance en fonction de l'état dans lequel on souhaite se retrouver, lequel qui est écrit sur la carte des boisson : "Il y a l'ivresse de caporal : Caporalrausch qui coute deux sous, à ce degré là "on frôle les murs en disant des bêtises aux femmes". L'ivresse étudiante : Studentrausch, pour deux sous et demi, "on brise les vitres on se bat avec des pieds de tabourets, on a le cerveau en ébullition". Le Saurausch, l'ivresse de cochon, est le nec plus ultra, ce n'est pas seulement l'oubli, c'est l'abrutissement complet. C'est cet état ineffable de "non être" célébré par la philosophie allemande, et dont l'animal qui se nourrit de gland nous donne la parfaite image, quand il est vautré dans la fange, les yeux béatement clos, le ventre gonflé luisant au soleil".

SA

dimanche 10 juillet 2011

Les citrons de Sorrente


A Sorrente avec Alexandra, nous avons cueilli les citrons du début du printemps après la pluie 

Quand on croise un aménageur du territoire, il faut penser au texte ci en bas, au lieu de l'écouter essayer de vendre ses salades. C'est un extrait du journal de Nikos K, qui parle d'un type rencontré en Russie (le passage est traduit en français par la veuve de Nikos) :

"Cet homme est allé dans la Caucase cet été et pour la première fois a connu le soleil, la douceur de l'air et de la mer. Il en est revenu transfiguré. Il m'a dit : " le nord est barbare, maintenant, le communisme russe m'indispose. On devrait aménager le communisme selon la latitude géographique de chaque pays et de chaque âme. La vie n'est pas partout aussi sauvage que nous l'imaginons ici. J'ai vécu, je me suis étendu au soleil, j'ai mangé un fruit, j'ai joué avec la mer. Et je me suis réconcilié avec la nature. Une nouvelle Weltanschauung a commencé à s'épanouir en moi même".
SA


Berlin, ville de nigauds

A Berlin on respire, parce que c'est comme si c'était Paris avec uniquement Jacques Lang, débarrassé de Bolloré, Dassault, Supelec, et autre nuisibles.
Seulement voilà, si vraiment Jacques Lang était aux affaires, peut être que la vie deviendrait un enfer. 
Ce ne sont pas les berlinois qui me donne un peu la nausée, c'est surtout de reconnaître à travers eux des pathologies parisiennes matinées d'un "je ne sais quoi" comme disait Marlène Dietrich en français.

Ayant acquis la conviction qu'il valait mieux lire les livres au lieu de les brûler, les berlinoises goûtent aux joies cérébrales à la Humbolt. Si pour Musset le parisien, une nana napolitaine comme Marianne est "une rose sans parfum et sans épines", c'est aussi le cas des berlinoises dont la lecture a pour curieux effet de faire jaillir les petits pieds hors des chaussures en toile Converse, mais sans odeurs aucunes.
             
Après la longue après midi en bibliothèque, quoi de mieux que de passer avec les copains chez son styliste préféré pour trouver la dernière robe à la mode en savourant une délicieuse petite bière ?

Ensuite, avec la nuit, les arrières cours alternatives se succèdent à elles même tout en en précédant d'autres 


Cette fois confortablement chaussé on se pose où on peut à hauteur de paire jambes et on en profite pour s’entretenir intimement avec sa meilleurs amie, selon la riche tradition germanique de la communion des âmes "Die Seelengemeinschaft". 
SA

mercredi 6 juillet 2011

Un avant gout d’arrière garde et un arrière gout d’avant-garde berlinois

Else Lasker-Schüler, copine de fer et initiatrice de Georg Lewin alias Herwarth Walden. Else a cédé la place à la jeune et candide Nell quand Herwarth s'est trouvé suffisamment en forme  pour s'attaquer à Paris.
Apollinaire semble avoir été le chef d'une bande internationale de tarés fauchés ou dépravés qui parasitaient à Paris en y faisant de l'art.  En 1913, il invite dans la capitale française des lettres et des arts le couple Walden qui a les mêmes activités de chef de gang à Berlin. le souvenir de la visite est écrit par la femme de Herwarth Walden, une suédoise de Berlin.

"Art, artistes, artistes, art, fut ce voyage à Paris. Visites de musées, interwiew avec les journalistes, réceptions, visites de théâtre, cabaret, rencontres jours et nuits avec des artistes appartenant à la même tendance que nous. C'est là où nous retrouvâmes à nouveau Apollinaire, où nous vîmes Canudo, Blaise Cendrars, Delaunay accompagné de sa femme, Sonia. Celle ci avait réuni en un seul et même endroit, la salle à manger de Delauney, les plus merveilleux tableaux de Rousseau que j'ai jamais vus. En outre, nous vîmes Juan Gris, Fernand Léger, et surtout Marc Chagall, à l'époque encore jeune homme aux yeux clairs et au cheveux bouclés, adulé par ses amis parisiens comme un enfant prodigue. C'est ici que Walden choisit des tableaux : les 22 de la rétrospective Henri Rousseau et des tableaux de Chagall, Delauney, Sonia Delaunay, Marcoussis, Mazzei, Metzinger, Gleizes, Léger, Jacouloff, Picabia, et beaucoup d'autres.
Nous passâmes nos après midi auprès des écrivains, où l'art, surtout le notre, fut violemment disputé. Nous passâmes nos soirées toujours ensemble, soit au Quartier Latin, ou encore à Montmartre. La Rotonde ou le café du Dômes, furent nos endroit de prédilection. Parfois nous dansâmes chez Bullier. Un soir nous nous rendîmes dans le cabaret Artistide Bruant, puis nous poursuivîmes notre tournée nocturne dans toutes sortes de bistrots de Montmartre et des cafés d'artistes. Au petit matin, nous terminâmes notre visite aux Halles où nous mangeâmes de la soupe à l'oignon et du fromage alors que de lourdes et odorantes charrettes, encore humides de rosées, arrivaient de la campagne et déchargeaient, leur marchandises sous les premiers rayons du soleil. Nous fûmes 8 jours à paris, mais en comptant les nuits c'en furent 16. Nous dûmes finalement retourner à Berlin où nous attendait la préparation d'un nouveau numéro du Sturm"

Nell Walden "Die Künstler aus dem Sturmkreis" 1954

Voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2010/11/intellos-bohemes-cherchent-petites.html

dimanche 3 juillet 2011

Où sont les fleurs passées ? ou l'accord du COD antéposé

Dans cette détresse et cet ennui, personne à qui serrer la main
Berlin, 2011


Dis-moi où sont les fleurs
Où sont elles  ?
Qu'est ce qui s'est passé ?
Des filles les ont cueillies
Quand on comprendra ça ?

Dis-moi où sont les filles
Où sont elles ?
Qu'est ce qui s'est passé ?
Des hommes les ont enlevées
Quand on comprendra ça ?

Dis-moi où sont les hommes
Où sont ils ?
Qu'est ce qui s'est passé ?
Les tirs de la guerre commencent
Quand on comprendra ça ?

Dis-moi où sont les soldats
Où sont ils ?
Qu'est ce qui s'est passé ?
Le vent souffle sur leurs tombes
Quand on comprendra ça ?

Dis-moi où sont les tombes
Où sont elles ?
Qu'est ce qui s'est passé ?
Les fleurs poussent dessus avec le vent d'été
Quand on comprendra ça ?

Dis-moi où sont les fleurs
Où sont-elles ?
Qu'est ce qui s'est passé ?
Des filles les ont cueillies
Quand on comprendra ça ?
SA















vendredi 24 juin 2011

C'est tellement agréable de travailler à la Humbolt de Berlin, éloigné des passages à tabac de la revue française. Et si l'homme n'était adapté qu'à quelques bibliothèques et études dans le monde ? On imagine toutes ces vies gâchées en essayant de se plier en quatre de toutes ses forces pour rester dans un environnement qui ne convient pas à son biorythme, à la réceptivité de ses sens. Le monde qu'il faudrait habiter est sans doute celui qui se trouve sur terre le plus en  résonance à notre sensibilité. Au lieu de cela, les cerveaux cartésiens s'échinent à vouloir faire rentrer des objets carrés dans des trous ronds. C'est bien l'effet que ça fait de lire du français en France, chaque énonciateur joue furieusement du couteau à tartiner, les tartines succèdent aux tartines et en précèdent de nouvelles. Les imprimeurs s'empressent d'occuper le seul cabinet disponible en essayant de faire le plus d'odeur possible. Chacun est concentré sur son étroit diaphragme à en faire sortir les pépites de la fortune. La digestion dure des années comme chez les serpents conscriptors tropicaux. On se parle, on se caresse du regard, on se touche du bout des lèvres, comme on nettoierait le seuil de son intransitivité pour rester en propre.

Ce qui sauve l'homme français c'est sûrement sa marche, son usage pédestre pour se tirer loin d'ici, comme dit Koltes, les pieds n'ont pas de racines et sont fait pour se déplacer. D'être totalement libéré, comme dit Cendrars, des contraintes affectives. La féminité a libéré assez facilement le poète - mais il vivait à Paris, ceci explique cela - il a tout de même fréquenté son frère de Bâle de loin en loin toute sa vie.
SA

jeudi 23 juin 2011

Les sourds et muets sont formidables



Sur cette photo on peut voir deux choses. Premièrement le mini short d'été pour fille en toile de jeans est à la mode, à Berlin comme partout ailleurs dans le monde occidental. Deuxièmement, les deux garçons du fond sont des gars formidables. Pourquoi ? parce qu'ils sont sourds et muets. Etant vierges de toute connerie, n'ayant jamais entendu une fille parler musique, ils s'expriment d'une manière merveilleuse. Leur langue est une chanson de geste d'une grande légèreté et d'une subtilité infinie, pudique et respectueuse, tellement loin de ce monde étrange et agressif qui ne sait que brailler, qui surenchérit en décibel en fonction des temps forts de la journée, gaspille des phonèmes dans le vide ordure, et, en même temps, pèse comme un épicier les mots des uns et des autres sur la balance faussée de la justice. Les quelques rares humains qui protègent de la parole criarde sont précieux.
SA

Rostocker, une des meilleures bières qui soit


La brasserie Rostocker est réputée pour son honorabilité dans tout le Mecklembourg, si bien que j'en achetais au supermarché de grandes quantités en bouteilles en verre de 50cl, en 2007, pour boire en toute occasion. Dans la rue, le soir en revenant de soirée, le matin pour contrarier un vague à l'âme, à la gare en attendant le train. Dans les épiceries chinoises misérables quand je faisais le tour du bloc d'immeubles communistes de la banlieue de Lütten Klein. J'allais au fil des trottoirs avec de l'herbe qui poussait entre les dallages disjointifs. Il y avait beaucoup de verdure partout avec une odeur de pluie et de sable, et des gens pauvres coupés à la serpe. J'écrivais mon mémoire sur l'Italie du sud avec quelques bières posées sur le bureau de ma grande chambre. Quand je revenais du centre ville, pour rentrer chez moi, le tram passait juste devant la brasserie, sur cette photo. Je ne pouvais pas m'empêcher de regarder et d'imaginer ce qui se passait de l'autre coté du portail.
En face de la brasserie il y a le théâtre de Rostock. Vers avril 2007 on y jouait le Hollandais volant de Wagner, je voulais y aller, mais finalement ça ne s'est pas fait. Je ne savais pas trop ce que je faisais là. La méditerranée, et l'Afrique naturellement, c'est vraiment mieux quand on ne sait pas où aller ni quoi faire, on se fait tout de suite des amis qui justifient le voyage. L'Allemagne du nord, c'est bien pour écrire, mais on s'y sent seul aussi.

SA

mercredi 22 juin 2011


Je viens d'arriver à Berlin et je ne sais pas ce que je fais ici. je croupis dans une auberge de jeunesse, j'ai l'impression d'être un vieux poivrot qui abuse la jeunesse du regard. Berlin n'est pas une ville pour la bohème. Dieu merci, j'ai pu travailler avec allégresse quelques heures dans cette bibliothèque de la Humbolt, en grande banlieue (photo ci dessus) et j'attends demain avec impatience pour pouvoir refaire la même chose. Dès que je suis sorti du bus de Paris, j'ai cherché un internet café, puis un lit pour trois nuits, puis un kébab à bouffer, puis du jus de fruit vitaminé, puis l'Université, puis la bibliothèque, puis les chiottes de cette dernière où j'ai fait ma toilette, puis la salle des périodiques, puis j'ai travaillé, comme je fais depuis 10 ans dans toutes les villes et les bibliothèques universitaires du monde. Quand j'étais à Metz vers 2001, je fuguais souvent en transport en commun vers la seconde bibliothèque universitaire, en banlieue. Quand j'étais à Nancy et que j'en avais ma claque de la salle de lecture un peu vieillotte, où je me suis initié à l'internet, je prenais le train de Munich, sans prévenir, un grand cigare dans la bouche pendant le trajet que je passais avec des manuels aéronautiques, des articles sur l'Afrique que j'avais photocopié plus tôt, Je descendais à Strasbourg, et de là je prenais le tram pour la BU des sciences et gestions, avec une attention particulière portée sur les WC de l'établissement : propres, avec de l'eau chaude, une grande glace, une chasse d'eau puissante et du papier en abondance. Puis je suis parti au Quebec. La bibliothèque de l'Université Laval est une des plus grosses du monde. Je la connais par coeur, de la cantine à la cave, au toilettes à l'américaine, en passant par les ascenseurs, la salle des périodiques, les recoins entre les livres où je faisais la sieste. De Quebec, j'aillais en bus plusieurs fois pas mois, pour Montréal, pour travailler dans l'une ou l'autre des trois universités de la ville. Puis de retour en France, j'ai fait la BU d’Avignon, deux fois en 2005 et 2008, puis les BU de Paris 4 et 10 sur trois ans, avec un passage à Paris 8 et 13 et aussi celle de Cergy qui n'était pas si mal. Puis Naples, mais là je n'ai trouvé la bibliothèque des sciences sociales qu'en 2010, soit avec 4 de retard. Après Naples, j'ai découvert la BNF à paris, où j'ai commencé, je m'en souviens comme si c'était hier, les premières lignes de mon mémoire de master 2 totalement nul. Puis, je suis parti en Allemagne où j'ai liquidé l'université de Tuebingen, puis celle de Rostock, ces deux villes où j'ai continué et terminé l'écriture de mon mémoire sur la Calabre, endroit où je n'avais jamais mi les pieds. Je revois ces longues heures de train entre deux bières et deux cigarettes à écrire mes pages entre Rostock et Metz. Après ça, j'ai fréquenté les établissements suisses de Bâle, Berne et Lausanne. Lausanne qui m'a laissé un tellement bon souvenir, autant par la qualité de l'infrastructure que par ses boites de nuit. Après j'ai visité, enfin, la BU de Reggio calabre et juste avant celle de Brighton en Angleterre. Puis, après, j'ai traîné à la fac de Gand, de là, je suis retourné à Naples où j'ai finalement trouvé la BU, puis je suis retourné en Calabre, à Consenza cette fois, un joli petit campus. Je dois d'ailleurs toujours 20 euros à une prof de là bas, et quelques uns de ses livres à lui restituer. Puis, j'ai visité la fac de Tirana en Albanie peut être pendant 20 minutes, celle de Malte, aussi juste après, où j'ai pu travailler au moins une heure. En revanant de Malte, j'ai fait un crochet par la BU d'Amsterdam, très impressionnante. Puis encore beaucoup Nanterre ces dernières semaines et enfin la Humbolt de Berlin. Et pendant tout ce temps, j'y ai fait mes études, puis mes deux mémoires, puis j'ai essayé d'écrire deux articles scientifiques. Je me suis beaucoup lavé dans ces BU, j'y ai souvent fait mes besoins, je n'y ai jamais rencontré personne.

SA

mardi 21 juin 2011

Billard et fête de la musique.





Autant l'avouer, j'ai me bien cette chanson.
Oui, parce que parfois l'amour je m'en balance, mais alors s'il ne s'agit pas d'amour, je m'en balance encore plus. Et puis on croit qu'il va dire qu'il est né à Rome qu'il écoute La Castafiore ; mais non il parle de Paris et de Jonyy Halliday, il a un grain ce Vilard. Il n'a pas dû avoir la liste... La preuve, ce demeuré roule pour Sarkosy.
J'écoutais ça, il n'y a pas d'autre mot, car j'avais l'intention de faire un post sur Diane. Diane qui, quand je l'ai invité à aller faire un tour, m'a dit qu'elle allait faire un billard avec des potes. Or j'ignore si quand une Parisienne dit "Je veux faire un billard avec de spotes", ce la signifie je suis avec des amis donc tu peux venir, ou je suis avec des amis, donc tu ne peux pas venir. Inutile de me prétendre que ça peut voulir dire l'un ou l'autre. C'est faux. Il y a une liste quelque part, j'ignore où, car justement on ne me l'a pas donné, avec des entrées correspondant à des définitions, et en 3è colonne la punition, si terrible, en cas de désobéissance, que l'enfreindre serait folie. Donc je n'ai rien trouver d'autre à dire que j'aime pas le billard pour couper court à toute interprétation. J'ai tort, essayer aurait été bon, au moins j'aurais pu être déçu car toute illusion que l'on entretient su le compte de cette ville est un tort.

Lisons maintenant la description que consacre son auteur à cette vidéo :
"Dans cette vidéo, les hommes de la petite sirène disent qu'il ne se soucie pas de ce qui ne parle pas d'amour. Dans l'ordre, il y a Louis le cuisinier, Sébastien, Grimsby avec Eric, Triton avec Sébastien, un marin, Eurêka. Puis les filles de la petite sirène font les choeurs. Dans l'ordre: les escargots, les soeurs d'Ariel, Ariel elle même. J'adore cette chanson et je suis plutôt fière du résultat."

On déduit de cette note que la personne en question est une fille, car elle est fière, et qu'elle porte un vif intérêt aux listes, comme les enfants collectionnent les images des joueurs de football, d'animaux ou les blagues carambar. Ce qui n'est pas du tout une critique, car cet intérêt déployé pour la liste, est à ce niveau, presque scientifique, un méta-intérêt si l'on veux.
Le bât blesse, lorsque la fascination de la liste tourne à l'adoration.
C'est-à-dire lorsqu'elle tient lieu de pensée, en qu'une lieu d'idées, de réflexions ne s'affrontent plus que des listes.
Or, miracle d'Hervé Vilard et de la petite sirène, j'ai tout à coup entrevu, de mes yeux entrevu, une partie du phénomène.
Il faut aller à 2, 50
et qu'est-ce qu'on voit à 2,00 précise et que l'auteur a oublié de préciser dans sa description ?
Une murène !
Et une murène qui parle...
Mais une murène de la mauvaise liste, tout commel es Hyènes de Share khan ou du Roi Lion...
Ils doivent se creuser la tête chez Walt Dysney pour savoir quel animpal va faire l méchant et lequel le gentil, mais sans cela pas de dessin animé !
Or, nous adorons tous les dessins animés de Walt Disney.
Pourquoi ?
Et bien tout simplement pour le plaisir des listes !
Eh bien précisément pcqu’il faut classer, lister, et que cela renvoie à un plaisir
Un stade où l’on avait rien d’autre à faire qu’à s’engraisser de lait et d’images, afin de se construire une représentaton du onde libre , gratite et snasle moindre droit d’auteurs, le paradis…

dimanche 19 juin 2011

Pauline à la plage.

Jeunes Parisiens se découvrant des affinités sur une plage de province française.

Je suis content.
Content parce que j'ai rencontré Pauline, sur la péniche, près de la bibliothèque François Mitterrand, du sur-Rohmer, donc.
Ce qui est bien avec Rohmer c'est qu'il fait de la Parisienne, en l'isolant avec quelques spécimens masculins de son espèce, dans un biotope culturel -un cultope, donc ?-  type La Baule, une espèce exotique comme les autres. Certes, il est fait des tonnes, c'est lourd, pas sulfureux pour un sou, ennuyeux et pédant, mais ça remet plus ou moins les pendules à l'heure. Les Parisiennes sont de toutes les femmes parmi les moins désirables, parce que les plus casse-bonbons, ce qui apporte peu et enlève beaucoup. Ce jugement est malheureusement valable et quand on les connaît bien et quand on les connaît peu. Mais qu'on soit né en région parisienne, ou qu'on s'y soit rendu pour assouvir un besoin - primaire- d'exacerbation de statut social, on est bien obligé de faire avec.
Mais bien que ne je ne pouvais quitter des yeux les fins réseaux bruns irriguant ceux clairs, bleus de Pauline, ce ne sont pas eux les délicieux coupables de mon hébétement.
Je suis content, parce qu'au moment de dire à Pauline quelque chose d'aussi essentiel que : "on peut se revoir si tu veux."
Elle a répondu : " Oui, mais je dois te dire que j'ai un copain."
Je suis content parce que cela veut dire qu'elle estime, qu'autrement, quelque chose, éventuellement, aurait pu se passer entre nous. C'est du moins ce que j'en ai pensé sur le coup.
10 min et 17 km de RER plus tard, je doute un peu. Peut-être cela voulait-il dire : il faudra ruser, peut-être est-ce une invit. à me surpasser, peut-être veut-elle simplement éviter les situations pesantes, peut-être les parisiennes doivent forcément se fendre d'une phrase de ce genre dans une telle situation, peut-être sont-ce les nouvelles formules de politesse intrapériphérique ?
En fait, je n'en sais rien. Mais je suis content parce que je sais qu'il s'agissait d'une séquence d'anthropologie.
C'est-à-dire qu'un message était censé être créé à l'occasion, et c'est l'intention qui compte.
Enfin du langage.
Pour donner un exemple, c'est comme si après vous avoir observé du haut de son beffroi, un seigneur étranger daignait envoyer un messager. La réponse ne sera pas forcément celle souhaitée, un interprète sera peut-être nécessaire, mais le scribe a mis en face de votre nom, une entrée dans le registre de la jeune fille.


NB : Reverrai-je Pauline ? IL y a peu de chances, en raison de cette gestion des relations humaines, non -amoureuses, propres aux Parisiennes consistant dans un flux-tendu à contre-emploi. En effet, le flux-tendu de chez Billancourt sert à fluidifier, en sorte qu'un maximum de voitures, finalement, se vende et se produise. Le flux-tendu de la parisienne exploite toutes les techniques les plus modernes, téléphone, internet, absences de stocks, mais pour parvenir à la saturation artificielle du réseau. Cette saturation a pour but de rendre chère la place, par miracle libérée dès que le client est prêt à y mettre le prix., puis à éjecter facilement la personne du réseau, en prétextant un accroissement d'activité. Et non , je ne suis pas prêt à y mettre le prix, car ce prix détruit la chose en elle-même. C'est comme si l'on veut, un critique de théâtre m'en faisait la remarque, lorsque dans un spectacle de Bartabas, la colombe personnifiant la liberté est attiré sur le poing de la cavalière par une poignée de grain, du blé quoi. Un tel jugement que je ne ferais pas le mien pour tout l'or du monde, repose sur une dégradation du lien à l'agri-culture, au profit d'un symbolisme de type listeux, mais c'est un autre sujet. J'aurais pu parler de la prostitution, mais que j'ai tellement plus d'estime pour tellement plus de prostituées que de Parisiennes...
Les yeux de Pauline, et les quelques heures passées ensemble n'en prennent pas ombrage...

G-A

Voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2011/10/chanson-dediee-aux-parisiennes.html

Fous-toi du train comme du cinéma ou ce sont eux qui se foutront de toi


Sous la caméra de Blaise Cendrars, qui est monté sur le tender pour faire son plan, Ivy Close, la petite machiniste anglaise de la Roue salue Abel Gance son réalisateur français préféré.


"La Roue", Abel Gance, 1923
"Le mécanicien-chef Sisif recueille une petite orpheline à la suite d'une catastrophe de chemin de fer. Elle s'appelle Norma et est élevée avec Élie, le fils de Sisif. Peu à peu Sisif se sent pris d'une passion pour sa fille adoptive. Il devient alcoolique, ombrageux, soupçonneux, violent. Norma séduit un ingénieur des chemins de fer, Monsieur de Hersan qui menace  Sisif d'un chantage s'il ne consent pas à lui donner Norma. Celui-ci se résigne mais, en conduisant le train qui emmène la jeune femme vers son futur mari, souhaite mourir avec elle. Grâce à son chauffeur, l'accident est évité. Sisif reporte son amour sur la locomotive. Un jet de vapeur brûle les yeux de Sisif qui est muté au service du funiculaire du Mont-Blanc. Élie suit son père. Plus tard, Norma venue passer des vacances à Chamonix avec son mari retrouve son compagnon d'autrefois. Les deux jeunes gens découvrent leur amour réciproque. Hersan, jaloux, se bat avec Élie en montagne. Leur chute les tue l'un et l'autre. Sisif reste vieux et solitaire, tributaire de son travail monotone. Il voit revenir vers lui Norma, seule aussi et pauvre, qui va veiller sur ses derniers jours".

Après Gance, Renoir se met aussi à filmer des trains. "La bête humaine"1938 :

"La Bête humaine,  c'est la "Lison", un monstre de fer, d'acier et de cuivre, une locomotive à vapeur dont le machiniste, Jacques Lantier, est en proie à la folie homicide. Ce dernier ne se trouve bien qu'en compagnie de son chauffeur Pecqueux, sur sa locomotive. Pour son malheur, il rencontre Séverine dont le mari, chef de gare du Havre, vient d'assassiner Grandmorin, le parrain de la jeune femme à qui elle avait cédé. Lantier tue Séverine dans une crise de démence et se suicide"

Après Gance et Renoir, le cinéaste Sébastien Jousse, à son tour, veut filmer des cheminots. "Cheminots", 2010 :

"A l’initiative du Comité d’établissement des cheminots de la région PACA dans le cadre de son action culturelle, ce long-métrage interroge l’histoire de l’entreprise et de ses valeurs. Un train entre en gare de La Ciotat. Le berceau du cinéma est le point de départ d’un voyage à la rencontre de celles et ceux qui travaillent quotidiennement à «faire le train». Au fil des rencontres avec les cheminots, l’évidence se révèle : le train a structuré un réseau, une communauté et un territoire. Le train est porteur d’une certaine vision du «travailler et vivre ensemble». Le train fait société. Mais aujourd’hui, à l’heure de la libéralisation économique et de l’ouverture à la concurrence, le réseau est divisé, les services et les métiers sont séparés. A la fin du film, le Grand Résistant Raymond Aubrac souligne que la résistance face au recul progressif du Service public est l’affaire de la société toute entière.


Trois films, trois relations passionnées autant que monstrueuses entre le cinéma et le chemin de fer français. Cette fascination pour l'acier est peut être à l'origine même du cinéma français ? Ricciotto Canudo dit en 1914 : "La théorie du septième art, telle que, pour la première fois, je pus l'exposer au Quartier Latin, il y a trois ans, a gagné le terrain de toutes les logiques et se répand dans le monde entier. Dans la confusion totale des genres et des idées, elle a apporté une précision de source retrouvée". 

Cette source retrouvée dont il parle, c'est surement de filmer les ingénieurs et les infrastructures de transport qu'ils conçoivent. 100 ans plus tard, Sébastien Jousse continue ce travail en donnant la parole à Raymond Aubrac, un ingénieur très résistant de l'école des ponts et chaussés qui dit, en substance : "En faisant sauter nos voies ferrées, en 44, nous savions que nous arrêtions le flux vital de la circulation qui maintenait la France en vie grâce au chemin de fer et qu'il faudrait tout reconstruire après".....Mais, en même temps, peut-on deviner dans les yeux de l'ingénieur combatif : "nous ne savions vraiment pas quoi faire sauter d'autre".

SA





lundi 13 juin 2011

Voici de la charcuterie : les viocs par France Télévision


"Je suis heureux, heureux, heureux...grâce à elle"  Nous dit Jean Paul, 78 ans, en pleine possession de ses moyens, avec son sourire d'enfant qui fait craquer les filles. Il caresse du regard son amoureuse belge, irradieuse dans sa petite robe rose bonbon. A gauche de JP, on reconnait le vieux copain, Charles Gérard, 84 ans et toutes ses dents, lui aussi semble tout heureux de passer à la télévision.


Cette deuxième image pourrait être tirée de l'émission 30 millions d'amis, spécial chevaux. Ce brave grand père, Antoine, 75 ans, est un bon paysan des Vosges avec l'accent à couper au couteau de la région. Il travaillait, quelques années avant de passer à France télévision, pour l'armée française. C'est le colonel Argoud, putschiste comme pas deux, ennemi  juré de De Gaulle auquel il voue une haine mortelle depuis 1940. Pourquoi ? On en sait rien. De même que le cameraman de France TV encadre Jean Paul pour que celui qui fut l'égérie de Jean Luc Godard, nous apprenne, lui même, qu'il est totalement gâteux et heureux de l'être en plus.... (premier extrait ci-dessous)


                     "La palme est à moi" Jean Paul, heureux entre sa nouvelle copine et son vieux copain

.....De même, le pseudo documentaire animalier consacré au Colonel de l'OAS (extrait ci-en bas) ne nous explique pas pourquoi ce dernier ne pouvait pas blairer le Général, ni rien sur la manière dont il comprenait la situation politique en 40 et en 1960. En revanche, on apprend : 
- Que comme de nombreux repris de justice, Antoine a retrouvé son équilibre auprès des animaux, ce qui a facilité sa réinsertion. 
- Qu'il a fait de l'équitation durant sa jeunesse
- Qu'il a des théories farfelues mais rigolotes sur l'histoire de la cavalerie 
- Qu'il est tout ému quand il se souvient de ses vieux copains putschistes
- Qu'il a une autre théorie rigolote qui dit que plus on a d'enfants, plus on est susceptible de faire un putsch. 

Sur ce dernier point, pudique et respectueux, le journaliste n'ose pas révéler au vieux colonel ce que le spectateur ne peut s'empêcher de penser : 14 enfants en vie....c'est peut être une raison suffisante pour s'engager dans un putsch ?

Antoine, repris de justice, nous parle de son amour des chevaux et des ses anciens copains d'armée 

SA


dimanche 12 juin 2011

Guéhenno, Braudel, Cendrars : les chiens de guerre


Photos de haut en bas : Jean Guéhenno, Fernand Braudel, Blaise Cendrars.

Le 29 juillet 1914, le suisse Blaise Cendrars publie  (alors qu'il vient de faire passer quelques poèmes dans le Sturm de Berlin), avec Canudo (un excité méridional des Pouilles monté à paris pour mettre la pagaille dans le cinéma français), cet appel à la guerre contre l'Allemagne  : 
L’heure est grave ! 
Tout homme digne de ce nom doit aujourd’hui agir, doit se défendre de rester inactif au milieu de la plus formidable conflagration que l’histoire ait pu enregistrer.
Toute hésitation serait un crime.
Point de paroles, donc des actes. 
Des étrangers amis de la France qui ont pendant leur séjour en France appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde patrie, sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras.
Intellectuels, étudiants, ouvriers, hommes valides de toute sorte-nés ailleurs, domiciliés ici, nous qui avons trouvé en France la nourriture matérielle, groupons nous en un faisceau solide de volontés mises au service de la France.”

Signé : Canudo, Blaise Cendrars, Léonard Sarlius, Csaki, Kaplan, Berr, Oknotsky, Isbicki, Schoumoff, Roldiref, Kozline, Esse, Lioschitz, Frisendahl, Israilevitch, Vertepoff.

Concernant l'engagement de Cendrars,  Albert t'Serstevens, son meilleur copain, note : "Je m'en voudrais de parler ici [l'engagement de Cendrars] d'amour pour la France et autres poncifs tricolores. C'était pour lui une merveilleuse occasion de satisfaire son gout pour l'aventure, et la guerre était sans doute la plus chaude que pu rêver un homme de sa trempe. Il s'est battu dans la craie de champagne comme il l'avait fait dans les cabarets d'Anvers, mais avec beaucoup plus de fougue et d'abnégation. Il a conservé de cette bagarre et de ses copains un souvenir ébloui qui se manifesta dans ses livres. Il a passé tout le reste de sa vie à espérer le retour d'une pareille fête."

Et puis il dit quelques lignes plus loin que, de toute manière, Blaise était incapable de faire du mal à qui que ce soit, et qu'il a du passer dans sa vie peut être une semaine maximum dans le grand port belge. 

A propos de ce même engagement, mais vu du coté des académiciens, Braudel et Guéhenno discutent en buvant  des verres dans un bar au sortir du boulot, en face de l’académie. Avec l'alcool les langues se délient. Braudel racontera plus tard :  "Un soir, Jean Guéhenno soutenait avec vivacité contre moi qui m’efforçais de défendre le Péguy de 1914 : "Cette guerre de 14 n'était pas mon affaire". Le destin l'y avait engagé mais il n'avait jamais pu "croire tout à fait au fond de lui même" qu'elle fut "vraiment la sienne".  J'avoue, que je suis mal préparé à comprendre une telle perspective, peut être parce que, contrairement à Jean Guéhenno, breton, qui place la patrie au dessus de la nation, je pense en homme de l'Est, adossé à l'appareil unitaire de la France, conscient que sa liberté dépend de cette unité et de la vigilance  qu'elle implique."

SA   






dimanche 5 juin 2011

Avant les franques, il y avait les gauloises

Extrait des Martyrs de Chateaubriand

Venant à moi, Velléda me dit :
"Mon père dort ; assieds-toi, écoute. Sais-tu, me dit alors la jeune barbare, que je suis fée ?"
Je lui demandai l'explication de ce mot.
"As tu entendu la dernière nuit le gémissement d'une fontaine dans les bois, et la plainte de la brise dans l'herbe qui croît sur ta fenêtre ? Eh bien, c'était moi qui soupirais dans cette fontaine et dans cette brise ! Je me suis aperçue que tu aimais le murmure des eaux et des vents. "
J'eus pitié de cette insensée : elle lut ce sentiment sur mon visage.
" Je te fais pitié, me dit-elle. Mais si tu me crois atteinte de folie, ne t'en prends qu'à toi. Pourquoi as-tu sauvé mon père avec tant de bonté ? Pourquoi m'as-tu traitée avec tant de douceur ? Je suis vierge : que je garde ou que je viole mes voeux, j'en mourrai. Tu en seras la cause. Voilà ce que je voulais te dire. Adieu ! "
Elle se leva, prit sa lampe, et disparut.

Un autre soir Velléda parut tout à coup.
" Tu me fuis, me dit-elle, tu cherches les endroits les plus déserts pour te dérober à ma présence ; mais c'est en vain : l'orage t'apporte Velléda, comme cette mousse flétrie qui tombe à tes pieds. "
 Elle se plaça debout devant moi, croisa les bras, me regarda fixement, et me dit : " J'ai bien des choses à t'apprendre ; je voudrais causer longtemps avec toi. Je sais que mes plaintes t'importunent, je sais qu'elles ne te donneront pas de l'amour ; mais, cruel, je m'enivre de mes aveux, j'aime à me nourrir de ma flamme, à t'en faire connaître toute la violence ! Ah ! si tu m'aimais, quelle serait notre félicité ! Nous trouverions pour nous
exprimer un langage digne du ciel : à présent il y a des mots qui me manquent, parce que ton âme ne répond pas à la mienne. "
Après un moment de silence elle ajouta :
" Il faut pourtant qu'il y ait quelque raison à ton indifférence. Tant d'amour aurait dû t'en inspirer. Cette froideur est trop extraordinaire. "
 Elle s'interrompit de nouveau. Sortant tout à coup comme d'une réflexion profonde, elle s'écria :
" Voilà la raison que je cherchais ! Tu ne peux me souffrir, parce que je n'ai rien à t'offrir qui soit digne de toi" Alors s'approchant de moi comme en délire, et mettant la main sur mon coeur : "Ah ! malheureuse Velléda !tu ne seras jamais aimée ! "
La voix de la jeune barbare expire ; la main qu'elle tenait sur mon coeur retombe ; elle penche sa tête, et son ardeur s'éteint dans des torrents de larmes.  Cette conversation me remplit d'effroi. Je commençai à craindre que ma résistance ne fût inutile. Mon attendrissement était extrême et je sentis tout le reste du jour la place brûlante de sa main sur mon coeur.

En vain je me dérobai à la vue de Velléda : je la retrouvais partout ; elle m'attendait des journées entières dans les lieux où je ne pouvais éviter de passer, et là elle m'entretenait de son amour. Un autre jour encore elle me dit :  "Une voix mensongère t'aura peut-être raconté que les Gauloises sont capricieuses, légères, infidèles : ne crois pas ces discours. Chez les enfants des druides, les passions sont sérieuses et leurs conséquences terribles. "  Je pris les mains de cette infortunée entre las deux miennes : je les serrai tendrement.
" Velléda, dis-je, si vous m'aimez, il est un moyen de me le prouver : retournez chez votre père, il a besoin de votre appui. Ne vous abandonnez plus à une douleur qui trouble votre raison et qui me fera mourir. "

Je descendis de la colline, et Velléda me suivit. Nous nous avançâmes dans la campagne par des chemins peu fréquentés où croissait le gazon.
" Si tu m'avais aimée, disait Velléda, avec quelles délices nous aurions parcouru ces champs ! Quel bonheur d'errer avec toi dans ces routes solitaires, comme la brebis dont les flocons de laine sont restés suspendus à ces ronces ! " Elle s'interrompit, regarda ses bras amaigris, et dit avec un sourire :
" Et moi aussi j'ai été déchirée par les épines de ce désert, et j'y laisse chaque jour quelque partie de ma dépouille. "
Revenant à ses rêveries : " Au bord du ruisseau, dit-elle, au pied de l'arbre, le long de cette haie, de ces sillons où rit la première verdure des blés que je ne verrai pas mûrir, nous aurions admiré le coucher du soleil.  Souvent, pendant les tempêtes, cachés dans quelque grange isolée ou parmi les ruines d'une cabane, nous eussions entendu gémir le vent sous le chaume abandonné. Tu croyais peut-être que dans mes songes de félicité, je désirais des trésors, des palais, des pompes ? Hélas ! mes voeux étaient plus modestes, et ils n'ont point été exaucés ! Je n'ai jamais aperçu au coin d'un bois la hutte roulante d'un berger sans songer qu'elle me suffirait avec toi. Plus heureux que ces Scythes dont les druides m'ont conté l'histoire, nous promènerions aujourd'hui notre cabane de solitude en solitude, et notre demeure ne tiendrait pas plus à la terre que notre vie. "
Nous arrivâmes à l'entrée d'un bois de sapins et de mélèzes. La fille de Ségenax s'arrêta, et me dit : " Mon père habite ce bois, je ne veux pas que tu entres dans sa demeure : il t'accuse de lui avoir ravi sa fille. Tu peux, sans être trop malheureux, me voir au milieu de mes chagrins, parce que je suis jeune et pleine de force ; mais les larmes d'un vieillard brisent le coeur. Je t'irai chercher au château."  En prononçant ces mots, elle me quitta brusquement.

Je sentais, il est vrai, que Velléda ne m'inspirerait jamais un attachement véritable : elle manquait pour moi de ce charme secret qui fait le destin de notre vie ; mais la fille de Ségenax était jeune, elle était belle, passionnée, et quand des paroles brûlantes sortaient de ses lèvres, tous mes sens étaient bouleversés. Tel est le danger des passions,que même sans les partager vous respirez dans leur atmosphère quelque chose d'emprisonné qui vous enivre. Vingt fois, tandis que Velléda m'exprimait des sentiments si tristes et si tendres, vingt fois je fus prêt à me jeter à ses pieds, à l'étonner de sa victoire, à la ravir par l'aveu de ma défaite. Au moment de succomber, je ne dus mon salut qu'à la pitié même que m'inspirait cette infortunée. Mais cette pitié, qui me sauva d'abord, fut en effet ce qui me perdit, car elle m'ôta le reste de mes forces. Je ne me sentis plus aucune fermeté contre Velléda ; je m'accusai d'être la cause de l'égarement de son esprit par trop de sévérité. Un si triste essai de courage me dégoûta du courage même ; je retombai dans ma faiblesse accoutumée.