jeudi 23 juin 2011
Rostocker, une des meilleures bières qui soit
La brasserie Rostocker est réputée pour son honorabilité dans tout le Mecklembourg, si bien que j'en achetais au supermarché de grandes quantités en bouteilles en verre de 50cl, en 2007, pour boire en toute occasion. Dans la rue, le soir en revenant de soirée, le matin pour contrarier un vague à l'âme, à la gare en attendant le train. Dans les épiceries chinoises misérables quand je faisais le tour du bloc d'immeubles communistes de la banlieue de Lütten Klein. J'allais au fil des trottoirs avec de l'herbe qui poussait entre les dallages disjointifs. Il y avait beaucoup de verdure partout avec une odeur de pluie et de sable, et des gens pauvres coupés à la serpe. J'écrivais mon mémoire sur l'Italie du sud avec quelques bières posées sur le bureau de ma grande chambre. Quand je revenais du centre ville, pour rentrer chez moi, le tram passait juste devant la brasserie, sur cette photo. Je ne pouvais pas m'empêcher de regarder et d'imaginer ce qui se passait de l'autre coté du portail.
En face de la brasserie il y a le théâtre de Rostock. Vers avril 2007 on y jouait le Hollandais volant de Wagner, je voulais y aller, mais finalement ça ne s'est pas fait. Je ne savais pas trop ce que je faisais là. La méditerranée, et l'Afrique naturellement, c'est vraiment mieux quand on ne sait pas où aller ni quoi faire, on se fait tout de suite des amis qui justifient le voyage. L'Allemagne du nord, c'est bien pour écrire, mais on s'y sent seul aussi.
SA
mercredi 22 juin 2011
Je viens d'arriver à Berlin et je ne sais pas ce que je fais ici. je croupis dans une auberge de jeunesse, j'ai l'impression d'être un vieux poivrot qui abuse la jeunesse du regard. Berlin n'est pas une ville pour la bohème. Dieu merci, j'ai pu travailler avec allégresse quelques heures dans cette bibliothèque de la Humbolt, en grande banlieue (photo ci dessus) et j'attends demain avec impatience pour pouvoir refaire la même chose. Dès que je suis sorti du bus de Paris, j'ai cherché un internet café, puis un lit pour trois nuits, puis un kébab à bouffer, puis du jus de fruit vitaminé, puis l'Université, puis la bibliothèque, puis les chiottes de cette dernière où j'ai fait ma toilette, puis la salle des périodiques, puis j'ai travaillé, comme je fais depuis 10 ans dans toutes les villes et les bibliothèques universitaires du monde. Quand j'étais à Metz vers 2001, je fuguais souvent en transport en commun vers la seconde bibliothèque universitaire, en banlieue. Quand j'étais à Nancy et que j'en avais ma claque de la salle de lecture un peu vieillotte, où je me suis initié à l'internet, je prenais le train de Munich, sans prévenir, un grand cigare dans la bouche pendant le trajet que je passais avec des manuels aéronautiques, des articles sur l'Afrique que j'avais photocopié plus tôt, Je descendais à Strasbourg, et de là je prenais le tram pour la BU des sciences et gestions, avec une attention particulière portée sur les WC de l'établissement : propres, avec de l'eau chaude, une grande glace, une chasse d'eau puissante et du papier en abondance. Puis je suis parti au Quebec. La bibliothèque de l'Université Laval est une des plus grosses du monde. Je la connais par coeur, de la cantine à la cave, au toilettes à l'américaine, en passant par les ascenseurs, la salle des périodiques, les recoins entre les livres où je faisais la sieste. De Quebec, j'aillais en bus plusieurs fois pas mois, pour Montréal, pour travailler dans l'une ou l'autre des trois universités de la ville. Puis de retour en France, j'ai fait la BU d’Avignon, deux fois en 2005 et 2008, puis les BU de Paris 4 et 10 sur trois ans, avec un passage à Paris 8 et 13 et aussi celle de Cergy qui n'était pas si mal. Puis Naples, mais là je n'ai trouvé la bibliothèque des sciences sociales qu'en 2010, soit avec 4 de retard. Après Naples, j'ai découvert la BNF à paris, où j'ai commencé, je m'en souviens comme si c'était hier, les premières lignes de mon mémoire de master 2 totalement nul. Puis, je suis parti en Allemagne où j'ai liquidé l'université de Tuebingen, puis celle de Rostock, ces deux villes où j'ai continué et terminé l'écriture de mon mémoire sur la Calabre, endroit où je n'avais jamais mi les pieds. Je revois ces longues heures de train entre deux bières et deux cigarettes à écrire mes pages entre Rostock et Metz. Après ça, j'ai fréquenté les établissements suisses de Bâle, Berne et Lausanne. Lausanne qui m'a laissé un tellement bon souvenir, autant par la qualité de l'infrastructure que par ses boites de nuit. Après j'ai visité, enfin, la BU de Reggio calabre et juste avant celle de Brighton en Angleterre. Puis, après, j'ai traîné à la fac de Gand, de là, je suis retourné à Naples où j'ai finalement trouvé la BU, puis je suis retourné en Calabre, à Consenza cette fois, un joli petit campus. Je dois d'ailleurs toujours 20 euros à une prof de là bas, et quelques uns de ses livres à lui restituer. Puis, j'ai visité la fac de Tirana en Albanie peut être pendant 20 minutes, celle de Malte, aussi juste après, où j'ai pu travailler au moins une heure. En revanant de Malte, j'ai fait un crochet par la BU d'Amsterdam, très impressionnante. Puis encore beaucoup Nanterre ces dernières semaines et enfin la Humbolt de Berlin. Et pendant tout ce temps, j'y ai fait mes études, puis mes deux mémoires, puis j'ai essayé d'écrire deux articles scientifiques. Je me suis beaucoup lavé dans ces BU, j'y ai souvent fait mes besoins, je n'y ai jamais rencontré personne.
SA
mardi 21 juin 2011
Billard et fête de la musique.
Autant l'avouer, j'ai me bien cette chanson.
Oui, parce que parfois l'amour je m'en balance, mais alors s'il ne s'agit pas d'amour, je m'en balance encore plus. Et puis on croit qu'il va dire qu'il est né à Rome qu'il écoute La Castafiore ; mais non il parle de Paris et de Jonyy Halliday, il a un grain ce Vilard. Il n'a pas dû avoir la liste... La preuve, ce demeuré roule pour Sarkosy.
J'écoutais ça, il n'y a pas d'autre mot, car j'avais l'intention de faire un post sur Diane. Diane qui, quand je l'ai invité à aller faire un tour, m'a dit qu'elle allait faire un billard avec des potes. Or j'ignore si quand une Parisienne dit "Je veux faire un billard avec de spotes", ce la signifie je suis avec des amis donc tu peux venir, ou je suis avec des amis, donc tu ne peux pas venir. Inutile de me prétendre que ça peut voulir dire l'un ou l'autre. C'est faux. Il y a une liste quelque part, j'ignore où, car justement on ne me l'a pas donné, avec des entrées correspondant à des définitions, et en 3è colonne la punition, si terrible, en cas de désobéissance, que l'enfreindre serait folie. Donc je n'ai rien trouver d'autre à dire que j'aime pas le billard pour couper court à toute interprétation. J'ai tort, essayer aurait été bon, au moins j'aurais pu être déçu car toute illusion que l'on entretient su le compte de cette ville est un tort.
Lisons maintenant la description que consacre son auteur à cette vidéo :
"Dans cette vidéo, les hommes de la petite sirène disent qu'il ne se soucie pas de ce qui ne parle pas d'amour. Dans l'ordre, il y a Louis le cuisinier, Sébastien, Grimsby avec Eric, Triton avec Sébastien, un marin, Eurêka. Puis les filles de la petite sirène font les choeurs. Dans l'ordre: les escargots, les soeurs d'Ariel, Ariel elle même. J'adore cette chanson et je suis plutôt fière du résultat."
On déduit de cette note que la personne en question est une fille, car elle est fière, et qu'elle porte un vif intérêt aux listes, comme les enfants collectionnent les images des joueurs de football, d'animaux ou les blagues carambar. Ce qui n'est pas du tout une critique, car cet intérêt déployé pour la liste, est à ce niveau, presque scientifique, un méta-intérêt si l'on veux.
Le bât blesse, lorsque la fascination de la liste tourne à l'adoration.
C'est-à-dire lorsqu'elle tient lieu de pensée, en qu'une lieu d'idées, de réflexions ne s'affrontent plus que des listes.
Or, miracle d'Hervé Vilard et de la petite sirène, j'ai tout à coup entrevu, de mes yeux entrevu, une partie du phénomène.
Il faut aller à 2, 50
et qu'est-ce qu'on voit à 2,00 précise et que l'auteur a oublié de préciser dans sa description ?
Une murène !
Et une murène qui parle...
Mais une murène de la mauvaise liste, tout commel es Hyènes de Share khan ou du Roi Lion...
Ils doivent se creuser la tête chez Walt Dysney pour savoir quel animpal va faire l méchant et lequel le gentil, mais sans cela pas de dessin animé !
Or, nous adorons tous les dessins animés de Walt Disney.
Pourquoi ?
Et bien tout simplement pour le plaisir des listes !
Eh bien précisément pcqu’il faut classer, lister, et que cela renvoie à un plaisir
Un stade où l’on avait rien d’autre à faire qu’à s’engraisser de lait et d’images, afin de se construire une représentaton du onde libre , gratite et snasle moindre droit d’auteurs, le paradis…
dimanche 19 juin 2011
Pauline à la plage.
Jeunes Parisiens se découvrant des affinités sur une plage de province française.
Je suis content.
Content parce que j'ai rencontré Pauline, sur la péniche, près de la bibliothèque François Mitterrand, du sur-Rohmer, donc.
Ce qui est bien avec Rohmer c'est qu'il fait de la Parisienne, en l'isolant avec quelques spécimens masculins de son espèce, dans un biotope culturel -un cultope, donc ?- type La Baule, une espèce exotique comme les autres. Certes, il est fait des tonnes, c'est lourd, pas sulfureux pour un sou, ennuyeux et pédant, mais ça remet plus ou moins les pendules à l'heure. Les Parisiennes sont de toutes les femmes parmi les moins désirables, parce que les plus casse-bonbons, ce qui apporte peu et enlève beaucoup. Ce jugement est malheureusement valable et quand on les connaît bien et quand on les connaît peu. Mais qu'on soit né en région parisienne, ou qu'on s'y soit rendu pour assouvir un besoin - primaire- d'exacerbation de statut social, on est bien obligé de faire avec.
Mais bien que ne je ne pouvais quitter des yeux les fins réseaux bruns irriguant ceux clairs, bleus de Pauline, ce ne sont pas eux les délicieux coupables de mon hébétement.
Je suis content, parce qu'au moment de dire à Pauline quelque chose d'aussi essentiel que : "on peut se revoir si tu veux."
Elle a répondu : " Oui, mais je dois te dire que j'ai un copain."
Je suis content parce que cela veut dire qu'elle estime, qu'autrement, quelque chose, éventuellement, aurait pu se passer entre nous. C'est du moins ce que j'en ai pensé sur le coup.
10 min et 17 km de RER plus tard, je doute un peu. Peut-être cela voulait-il dire : il faudra ruser, peut-être est-ce une invit. à me surpasser, peut-être veut-elle simplement éviter les situations pesantes, peut-être les parisiennes doivent forcément se fendre d'une phrase de ce genre dans une telle situation, peut-être sont-ce les nouvelles formules de politesse intrapériphérique ?
En fait, je n'en sais rien. Mais je suis content parce que je sais qu'il s'agissait d'une séquence d'anthropologie.
C'est-à-dire qu'un message était censé être créé à l'occasion, et c'est l'intention qui compte.
Enfin du langage.
Pour donner un exemple, c'est comme si après vous avoir observé du haut de son beffroi, un seigneur étranger daignait envoyer un messager. La réponse ne sera pas forcément celle souhaitée, un interprète sera peut-être nécessaire, mais le scribe a mis en face de votre nom, une entrée dans le registre de la jeune fille.
NB : Reverrai-je Pauline ? IL y a peu de chances, en raison de cette gestion des relations humaines, non -amoureuses, propres aux Parisiennes consistant dans un flux-tendu à contre-emploi. En effet, le flux-tendu de chez Billancourt sert à fluidifier, en sorte qu'un maximum de voitures, finalement, se vende et se produise. Le flux-tendu de la parisienne exploite toutes les techniques les plus modernes, téléphone, internet, absences de stocks, mais pour parvenir à la saturation artificielle du réseau. Cette saturation a pour but de rendre chère la place, par miracle libérée dès que le client est prêt à y mettre le prix., puis à éjecter facilement la personne du réseau, en prétextant un accroissement d'activité. Et non , je ne suis pas prêt à y mettre le prix, car ce prix détruit la chose en elle-même. C'est comme si l'on veut, un critique de théâtre m'en faisait la remarque, lorsque dans un spectacle de Bartabas, la colombe personnifiant la liberté est attiré sur le poing de la cavalière par une poignée de grain, du blé quoi. Un tel jugement que je ne ferais pas le mien pour tout l'or du monde, repose sur une dégradation du lien à l'agri-culture, au profit d'un symbolisme de type listeux, mais c'est un autre sujet. J'aurais pu parler de la prostitution, mais que j'ai tellement plus d'estime pour tellement plus de prostituées que de Parisiennes...
Les yeux de Pauline, et les quelques heures passées ensemble n'en prennent pas ombrage...
G-A
Voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2011/10/chanson-dediee-aux-parisiennes.html
Je suis content.
Content parce que j'ai rencontré Pauline, sur la péniche, près de la bibliothèque François Mitterrand, du sur-Rohmer, donc.
Ce qui est bien avec Rohmer c'est qu'il fait de la Parisienne, en l'isolant avec quelques spécimens masculins de son espèce, dans un biotope culturel -un cultope, donc ?- type La Baule, une espèce exotique comme les autres. Certes, il est fait des tonnes, c'est lourd, pas sulfureux pour un sou, ennuyeux et pédant, mais ça remet plus ou moins les pendules à l'heure. Les Parisiennes sont de toutes les femmes parmi les moins désirables, parce que les plus casse-bonbons, ce qui apporte peu et enlève beaucoup. Ce jugement est malheureusement valable et quand on les connaît bien et quand on les connaît peu. Mais qu'on soit né en région parisienne, ou qu'on s'y soit rendu pour assouvir un besoin - primaire- d'exacerbation de statut social, on est bien obligé de faire avec.
Mais bien que ne je ne pouvais quitter des yeux les fins réseaux bruns irriguant ceux clairs, bleus de Pauline, ce ne sont pas eux les délicieux coupables de mon hébétement.
Je suis content, parce qu'au moment de dire à Pauline quelque chose d'aussi essentiel que : "on peut se revoir si tu veux."
Elle a répondu : " Oui, mais je dois te dire que j'ai un copain."
Je suis content parce que cela veut dire qu'elle estime, qu'autrement, quelque chose, éventuellement, aurait pu se passer entre nous. C'est du moins ce que j'en ai pensé sur le coup.
10 min et 17 km de RER plus tard, je doute un peu. Peut-être cela voulait-il dire : il faudra ruser, peut-être est-ce une invit. à me surpasser, peut-être veut-elle simplement éviter les situations pesantes, peut-être les parisiennes doivent forcément se fendre d'une phrase de ce genre dans une telle situation, peut-être sont-ce les nouvelles formules de politesse intrapériphérique ?
En fait, je n'en sais rien. Mais je suis content parce que je sais qu'il s'agissait d'une séquence d'anthropologie.
C'est-à-dire qu'un message était censé être créé à l'occasion, et c'est l'intention qui compte.
Enfin du langage.
Pour donner un exemple, c'est comme si après vous avoir observé du haut de son beffroi, un seigneur étranger daignait envoyer un messager. La réponse ne sera pas forcément celle souhaitée, un interprète sera peut-être nécessaire, mais le scribe a mis en face de votre nom, une entrée dans le registre de la jeune fille.
NB : Reverrai-je Pauline ? IL y a peu de chances, en raison de cette gestion des relations humaines, non -amoureuses, propres aux Parisiennes consistant dans un flux-tendu à contre-emploi. En effet, le flux-tendu de chez Billancourt sert à fluidifier, en sorte qu'un maximum de voitures, finalement, se vende et se produise. Le flux-tendu de la parisienne exploite toutes les techniques les plus modernes, téléphone, internet, absences de stocks, mais pour parvenir à la saturation artificielle du réseau. Cette saturation a pour but de rendre chère la place, par miracle libérée dès que le client est prêt à y mettre le prix., puis à éjecter facilement la personne du réseau, en prétextant un accroissement d'activité. Et non , je ne suis pas prêt à y mettre le prix, car ce prix détruit la chose en elle-même. C'est comme si l'on veut, un critique de théâtre m'en faisait la remarque, lorsque dans un spectacle de Bartabas, la colombe personnifiant la liberté est attiré sur le poing de la cavalière par une poignée de grain, du blé quoi. Un tel jugement que je ne ferais pas le mien pour tout l'or du monde, repose sur une dégradation du lien à l'agri-culture, au profit d'un symbolisme de type listeux, mais c'est un autre sujet. J'aurais pu parler de la prostitution, mais que j'ai tellement plus d'estime pour tellement plus de prostituées que de Parisiennes...
Les yeux de Pauline, et les quelques heures passées ensemble n'en prennent pas ombrage...
G-A
Voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2011/10/chanson-dediee-aux-parisiennes.html
Fous-toi du train comme du cinéma ou ce sont eux qui se foutront de toi
Sous la caméra de Blaise Cendrars, qui est monté sur le tender pour faire son plan, Ivy Close, la petite machiniste anglaise de la Roue salue Abel Gance son réalisateur français préféré.
"La Roue", Abel Gance, 1923
"Le mécanicien-chef Sisif recueille une petite orpheline à la suite d'une catastrophe de chemin de fer. Elle s'appelle Norma et est élevée avec Élie, le fils de Sisif. Peu à peu Sisif se sent pris d'une passion pour sa fille adoptive. Il devient alcoolique, ombrageux, soupçonneux, violent. Norma séduit un ingénieur des chemins de fer, Monsieur de Hersan qui menace Sisif d'un chantage s'il ne consent pas à lui donner Norma. Celui-ci se résigne mais, en conduisant le train qui emmène la jeune femme vers son futur mari, souhaite mourir avec elle. Grâce à son chauffeur, l'accident est évité. Sisif reporte son amour sur la locomotive. Un jet de vapeur brûle les yeux de Sisif qui est muté au service du funiculaire du Mont-Blanc. Élie suit son père. Plus tard, Norma venue passer des vacances à Chamonix avec son mari retrouve son compagnon d'autrefois. Les deux jeunes gens découvrent leur amour réciproque. Hersan, jaloux, se bat avec Élie en montagne. Leur chute les tue l'un et l'autre. Sisif reste vieux et solitaire, tributaire de son travail monotone. Il voit revenir vers lui Norma, seule aussi et pauvre, qui va veiller sur ses derniers jours".
Après Gance, Renoir se met aussi à filmer des trains. "La bête humaine", 1938 :
"La Bête humaine, c'est la "Lison", un monstre de fer, d'acier et de cuivre, une locomotive à vapeur dont le machiniste, Jacques Lantier, est en proie à la folie homicide. Ce dernier ne se trouve bien qu'en compagnie de son chauffeur Pecqueux, sur sa locomotive. Pour son malheur, il rencontre Séverine dont le mari, chef de gare du Havre, vient d'assassiner Grandmorin, le parrain de la jeune femme à qui elle avait cédé. Lantier tue Séverine dans une crise de démence et se suicide"
"A l’initiative du Comité d’établissement des cheminots de la région PACA dans le cadre de son action culturelle, ce long-métrage interroge l’histoire de l’entreprise et de ses valeurs. Un train entre en gare de La Ciotat. Le berceau du cinéma est le point de départ d’un voyage à la rencontre de celles et ceux qui travaillent quotidiennement à «faire le train». Au fil des rencontres avec les cheminots, l’évidence se révèle : le train a structuré un réseau, une communauté et un territoire. Le train est porteur d’une certaine vision du «travailler et vivre ensemble». Le train fait société. Mais aujourd’hui, à l’heure de la libéralisation économique et de l’ouverture à la concurrence, le réseau est divisé, les services et les métiers sont séparés. A la fin du film, le Grand Résistant Raymond Aubrac souligne que la résistance face au recul progressif du Service public est l’affaire de la société toute entière.
Trois films, trois relations passionnées autant que monstrueuses entre le cinéma et le chemin de fer français. Cette fascination pour l'acier est peut être à l'origine même du cinéma français ? Ricciotto Canudo dit en 1914 : "La théorie du septième art, telle que, pour la première fois, je pus l'exposer au Quartier Latin, il y a trois ans, a gagné le terrain de toutes les logiques et se répand dans le monde entier. Dans la confusion totale des genres et des idées, elle a apporté une précision de source retrouvée".
Cette source retrouvée dont il parle, c'est surement de filmer les ingénieurs et les infrastructures de transport qu'ils conçoivent. 100 ans plus tard, Sébastien Jousse continue ce travail en donnant la parole à Raymond Aubrac, un ingénieur très résistant de l'école des ponts et chaussés qui dit, en substance : "En faisant sauter nos voies ferrées, en 44, nous savions que nous arrêtions le flux vital de la circulation qui maintenait la France en vie grâce au chemin de fer et qu'il faudrait tout reconstruire après".....Mais, en même temps, peut-on deviner dans les yeux de l'ingénieur combatif : "nous ne savions vraiment pas quoi faire sauter d'autre".
SA
lundi 13 juin 2011
Voici de la charcuterie : les viocs par France Télévision
"Je suis heureux, heureux, heureux...grâce à elle" Nous dit Jean Paul, 78 ans, en pleine possession de ses moyens, avec son sourire d'enfant qui fait craquer les filles. Il caresse du regard son amoureuse belge, irradieuse dans sa petite robe rose bonbon. A gauche de JP, on reconnait le vieux copain, Charles Gérard, 84 ans et toutes ses dents, lui aussi semble tout heureux de passer à la télévision.
Cette deuxième image pourrait être tirée de l'émission 30 millions d'amis, spécial chevaux. Ce brave grand père, Antoine, 75 ans, est un bon paysan des Vosges avec l'accent à couper au couteau de la région. Il travaillait, quelques années avant de passer à France télévision, pour l'armée française. C'est le colonel Argoud, putschiste comme pas deux, ennemi juré de De Gaulle auquel il voue une haine mortelle depuis 1940. Pourquoi ? On en sait rien. De même que le cameraman de France TV encadre Jean Paul pour que celui qui fut l'égérie de Jean Luc Godard, nous apprenne, lui même, qu'il est totalement gâteux et heureux de l'être en plus.... (premier extrait ci-dessous)
"La palme est à moi" Jean Paul, heureux entre sa nouvelle copine et son vieux copain
.....De même, le pseudo documentaire animalier consacré au Colonel de l'OAS (extrait ci-en bas) ne nous explique pas pourquoi ce dernier ne pouvait pas blairer le Général, ni rien sur la manière dont il comprenait la situation politique en 40 et en 1960. En revanche, on apprend :
- Que comme de nombreux repris de justice, Antoine a retrouvé son équilibre auprès des animaux, ce qui a facilité sa réinsertion.
- Qu'il a fait de l'équitation durant sa jeunesse
- Qu'il a des théories farfelues mais rigolotes sur l'histoire de la cavalerie
- Qu'il est tout ému quand il se souvient de ses vieux copains putschistes
- Qu'il a une autre théorie rigolote qui dit que plus on a d'enfants, plus on est susceptible de faire un putsch.
Sur ce dernier point, pudique et respectueux, le journaliste n'ose pas révéler au vieux colonel ce que le spectateur ne peut s'empêcher de penser : 14 enfants en vie....c'est peut être une raison suffisante pour s'engager dans un putsch ?
Antoine, repris de justice, nous parle de son amour des chevaux et des ses anciens copains d'armée
SA
voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2010/09/pardon.html
dimanche 12 juin 2011
Guéhenno, Braudel, Cendrars : les chiens de guerre
Photos de haut en bas : Jean Guéhenno, Fernand Braudel, Blaise Cendrars.
Le 29 juillet 1914, le suisse Blaise Cendrars publie (alors qu'il vient de faire passer quelques poèmes dans le Sturm de Berlin), avec Canudo (un excité méridional des Pouilles monté à paris pour mettre la pagaille dans le cinéma français), cet appel à la guerre contre l'Allemagne :
“L’heure est grave !
Tout homme digne de ce nom doit aujourd’hui agir, doit se défendre de rester inactif au milieu de la plus formidable conflagration que l’histoire ait pu enregistrer.
Toute hésitation serait un crime.
Point de paroles, donc des actes.
Des étrangers amis de la France qui ont pendant leur séjour en France appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde patrie, sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras.
Intellectuels, étudiants, ouvriers, hommes valides de toute sorte-nés ailleurs, domiciliés ici, nous qui avons trouvé en France la nourriture matérielle, groupons nous en un faisceau solide de volontés mises au service de la France.”
Signé : Canudo, Blaise Cendrars, Léonard Sarlius, Csaki, Kaplan, Berr, Oknotsky, Isbicki, Schoumoff, Roldiref, Kozline, Esse, Lioschitz, Frisendahl, Israilevitch, Vertepoff.
Concernant l'engagement de Cendrars, Albert t'Serstevens, son meilleur copain, note : "Je m'en voudrais de parler ici [l'engagement de Cendrars] d'amour pour la France et autres poncifs tricolores. C'était pour lui une merveilleuse occasion de satisfaire son gout pour l'aventure, et la guerre était sans doute la plus chaude que pu rêver un homme de sa trempe. Il s'est battu dans la craie de champagne comme il l'avait fait dans les cabarets d'Anvers, mais avec beaucoup plus de fougue et d'abnégation. Il a conservé de cette bagarre et de ses copains un souvenir ébloui qui se manifesta dans ses livres. Il a passé tout le reste de sa vie à espérer le retour d'une pareille fête."
Et puis il dit quelques lignes plus loin que, de toute manière, Blaise était incapable de faire du mal à qui que ce soit, et qu'il a du passer dans sa vie peut être une semaine maximum dans le grand port belge.
A propos de ce même engagement, mais vu du coté des académiciens, Braudel et Guéhenno discutent en buvant des verres dans un bar au sortir du boulot, en face de l’académie. Avec l'alcool les langues se délient. Braudel racontera plus tard : "Un soir, Jean Guéhenno soutenait avec vivacité contre moi qui m’efforçais de défendre le Péguy de 1914 : "Cette guerre de 14 n'était pas mon affaire". Le destin l'y avait engagé mais il n'avait jamais pu "croire tout à fait au fond de lui même" qu'elle fut "vraiment la sienne". J'avoue, que je suis mal préparé à comprendre une telle perspective, peut être parce que, contrairement à Jean Guéhenno, breton, qui place la patrie au dessus de la nation, je pense en homme de l'Est, adossé à l'appareil unitaire de la France, conscient que sa liberté dépend de cette unité et de la vigilance qu'elle implique."
SA
dimanche 5 juin 2011
Avant les franques, il y avait les gauloises
Extrait des Martyrs de Chateaubriand
Venant à moi, Velléda me dit :
"Mon père dort ; assieds-toi, écoute. Sais-tu, me dit alors la jeune barbare, que je suis fée ?"
Je lui demandai l'explication de ce mot.
"As tu entendu la dernière nuit le gémissement d'une fontaine dans les bois, et la plainte de la brise dans l'herbe qui croît sur ta fenêtre ? Eh bien, c'était moi qui soupirais dans cette fontaine et dans cette brise ! Je me suis aperçue que tu aimais le murmure des eaux et des vents. "
J'eus pitié de cette insensée : elle lut ce sentiment sur mon visage.
" Je te fais pitié, me dit-elle. Mais si tu me crois atteinte de folie, ne t'en prends qu'à toi. Pourquoi as-tu sauvé mon père avec tant de bonté ? Pourquoi m'as-tu traitée avec tant de douceur ? Je suis vierge : que je garde ou que je viole mes voeux, j'en mourrai. Tu en seras la cause. Voilà ce que je voulais te dire. Adieu ! "
Elle se leva, prit sa lampe, et disparut.
Un autre soir Velléda parut tout à coup.
" Tu me fuis, me dit-elle, tu cherches les endroits les plus déserts pour te dérober à ma présence ; mais c'est en vain : l'orage t'apporte Velléda, comme cette mousse flétrie qui tombe à tes pieds. "
Elle se plaça debout devant moi, croisa les bras, me regarda fixement, et me dit : " J'ai bien des choses à t'apprendre ; je voudrais causer longtemps avec toi. Je sais que mes plaintes t'importunent, je sais qu'elles ne te donneront pas de l'amour ; mais, cruel, je m'enivre de mes aveux, j'aime à me nourrir de ma flamme, à t'en faire connaître toute la violence ! Ah ! si tu m'aimais, quelle serait notre félicité ! Nous trouverions pour nous
exprimer un langage digne du ciel : à présent il y a des mots qui me manquent, parce que ton âme ne répond pas à la mienne. "
Après un moment de silence elle ajouta :
" Il faut pourtant qu'il y ait quelque raison à ton indifférence. Tant d'amour aurait dû t'en inspirer. Cette froideur est trop extraordinaire. "
Elle s'interrompit de nouveau. Sortant tout à coup comme d'une réflexion profonde, elle s'écria :
" Voilà la raison que je cherchais ! Tu ne peux me souffrir, parce que je n'ai rien à t'offrir qui soit digne de toi" Alors s'approchant de moi comme en délire, et mettant la main sur mon coeur : "Ah ! malheureuse Velléda !tu ne seras jamais aimée ! "
La voix de la jeune barbare expire ; la main qu'elle tenait sur mon coeur retombe ; elle penche sa tête, et son ardeur s'éteint dans des torrents de larmes. Cette conversation me remplit d'effroi. Je commençai à craindre que ma résistance ne fût inutile. Mon attendrissement était extrême et je sentis tout le reste du jour la place brûlante de sa main sur mon coeur.
En vain je me dérobai à la vue de Velléda : je la retrouvais partout ; elle m'attendait des journées entières dans les lieux où je ne pouvais éviter de passer, et là elle m'entretenait de son amour. Un autre jour encore elle me dit : "Une voix mensongère t'aura peut-être raconté que les Gauloises sont capricieuses, légères, infidèles : ne crois pas ces discours. Chez les enfants des druides, les passions sont sérieuses et leurs conséquences terribles. " Je pris les mains de cette infortunée entre las deux miennes : je les serrai tendrement.
" Velléda, dis-je, si vous m'aimez, il est un moyen de me le prouver : retournez chez votre père, il a besoin de votre appui. Ne vous abandonnez plus à une douleur qui trouble votre raison et qui me fera mourir. "
Je descendis de la colline, et Velléda me suivit. Nous nous avançâmes dans la campagne par des chemins peu fréquentés où croissait le gazon.
" Si tu m'avais aimée, disait Velléda, avec quelles délices nous aurions parcouru ces champs ! Quel bonheur d'errer avec toi dans ces routes solitaires, comme la brebis dont les flocons de laine sont restés suspendus à ces ronces ! " Elle s'interrompit, regarda ses bras amaigris, et dit avec un sourire :
" Et moi aussi j'ai été déchirée par les épines de ce désert, et j'y laisse chaque jour quelque partie de ma dépouille. "
Revenant à ses rêveries : " Au bord du ruisseau, dit-elle, au pied de l'arbre, le long de cette haie, de ces sillons où rit la première verdure des blés que je ne verrai pas mûrir, nous aurions admiré le coucher du soleil. Souvent, pendant les tempêtes, cachés dans quelque grange isolée ou parmi les ruines d'une cabane, nous eussions entendu gémir le vent sous le chaume abandonné. Tu croyais peut-être que dans mes songes de félicité, je désirais des trésors, des palais, des pompes ? Hélas ! mes voeux étaient plus modestes, et ils n'ont point été exaucés ! Je n'ai jamais aperçu au coin d'un bois la hutte roulante d'un berger sans songer qu'elle me suffirait avec toi. Plus heureux que ces Scythes dont les druides m'ont conté l'histoire, nous promènerions aujourd'hui notre cabane de solitude en solitude, et notre demeure ne tiendrait pas plus à la terre que notre vie. "
Nous arrivâmes à l'entrée d'un bois de sapins et de mélèzes. La fille de Ségenax s'arrêta, et me dit : " Mon père habite ce bois, je ne veux pas que tu entres dans sa demeure : il t'accuse de lui avoir ravi sa fille. Tu peux, sans être trop malheureux, me voir au milieu de mes chagrins, parce que je suis jeune et pleine de force ; mais les larmes d'un vieillard brisent le coeur. Je t'irai chercher au château." En prononçant ces mots, elle me quitta brusquement.
Je sentais, il est vrai, que Velléda ne m'inspirerait jamais un attachement véritable : elle manquait pour moi de ce charme secret qui fait le destin de notre vie ; mais la fille de Ségenax était jeune, elle était belle, passionnée, et quand des paroles brûlantes sortaient de ses lèvres, tous mes sens étaient bouleversés. Tel est le danger des passions,que même sans les partager vous respirez dans leur atmosphère quelque chose d'emprisonné qui vous enivre. Vingt fois, tandis que Velléda m'exprimait des sentiments si tristes et si tendres, vingt fois je fus prêt à me jeter à ses pieds, à l'étonner de sa victoire, à la ravir par l'aveu de ma défaite. Au moment de succomber, je ne dus mon salut qu'à la pitié même que m'inspirait cette infortunée. Mais cette pitié, qui me sauva d'abord, fut en effet ce qui me perdit, car elle m'ôta le reste de mes forces. Je ne me sentis plus aucune fermeté contre Velléda ; je m'accusai d'être la cause de l'égarement de son esprit par trop de sévérité. Un si triste essai de courage me dégoûta du courage même ; je retombai dans ma faiblesse accoutumée.
Venant à moi, Velléda me dit :
"Mon père dort ; assieds-toi, écoute. Sais-tu, me dit alors la jeune barbare, que je suis fée ?"
Je lui demandai l'explication de ce mot.
"As tu entendu la dernière nuit le gémissement d'une fontaine dans les bois, et la plainte de la brise dans l'herbe qui croît sur ta fenêtre ? Eh bien, c'était moi qui soupirais dans cette fontaine et dans cette brise ! Je me suis aperçue que tu aimais le murmure des eaux et des vents. "
J'eus pitié de cette insensée : elle lut ce sentiment sur mon visage.
" Je te fais pitié, me dit-elle. Mais si tu me crois atteinte de folie, ne t'en prends qu'à toi. Pourquoi as-tu sauvé mon père avec tant de bonté ? Pourquoi m'as-tu traitée avec tant de douceur ? Je suis vierge : que je garde ou que je viole mes voeux, j'en mourrai. Tu en seras la cause. Voilà ce que je voulais te dire. Adieu ! "
Elle se leva, prit sa lampe, et disparut.
Un autre soir Velléda parut tout à coup.
" Tu me fuis, me dit-elle, tu cherches les endroits les plus déserts pour te dérober à ma présence ; mais c'est en vain : l'orage t'apporte Velléda, comme cette mousse flétrie qui tombe à tes pieds. "
Elle se plaça debout devant moi, croisa les bras, me regarda fixement, et me dit : " J'ai bien des choses à t'apprendre ; je voudrais causer longtemps avec toi. Je sais que mes plaintes t'importunent, je sais qu'elles ne te donneront pas de l'amour ; mais, cruel, je m'enivre de mes aveux, j'aime à me nourrir de ma flamme, à t'en faire connaître toute la violence ! Ah ! si tu m'aimais, quelle serait notre félicité ! Nous trouverions pour nous
exprimer un langage digne du ciel : à présent il y a des mots qui me manquent, parce que ton âme ne répond pas à la mienne. "
Après un moment de silence elle ajouta :
" Il faut pourtant qu'il y ait quelque raison à ton indifférence. Tant d'amour aurait dû t'en inspirer. Cette froideur est trop extraordinaire. "
Elle s'interrompit de nouveau. Sortant tout à coup comme d'une réflexion profonde, elle s'écria :
" Voilà la raison que je cherchais ! Tu ne peux me souffrir, parce que je n'ai rien à t'offrir qui soit digne de toi" Alors s'approchant de moi comme en délire, et mettant la main sur mon coeur : "Ah ! malheureuse Velléda !tu ne seras jamais aimée ! "
La voix de la jeune barbare expire ; la main qu'elle tenait sur mon coeur retombe ; elle penche sa tête, et son ardeur s'éteint dans des torrents de larmes. Cette conversation me remplit d'effroi. Je commençai à craindre que ma résistance ne fût inutile. Mon attendrissement était extrême et je sentis tout le reste du jour la place brûlante de sa main sur mon coeur.
En vain je me dérobai à la vue de Velléda : je la retrouvais partout ; elle m'attendait des journées entières dans les lieux où je ne pouvais éviter de passer, et là elle m'entretenait de son amour. Un autre jour encore elle me dit : "Une voix mensongère t'aura peut-être raconté que les Gauloises sont capricieuses, légères, infidèles : ne crois pas ces discours. Chez les enfants des druides, les passions sont sérieuses et leurs conséquences terribles. " Je pris les mains de cette infortunée entre las deux miennes : je les serrai tendrement.
" Velléda, dis-je, si vous m'aimez, il est un moyen de me le prouver : retournez chez votre père, il a besoin de votre appui. Ne vous abandonnez plus à une douleur qui trouble votre raison et qui me fera mourir. "
Je descendis de la colline, et Velléda me suivit. Nous nous avançâmes dans la campagne par des chemins peu fréquentés où croissait le gazon.
" Si tu m'avais aimée, disait Velléda, avec quelles délices nous aurions parcouru ces champs ! Quel bonheur d'errer avec toi dans ces routes solitaires, comme la brebis dont les flocons de laine sont restés suspendus à ces ronces ! " Elle s'interrompit, regarda ses bras amaigris, et dit avec un sourire :
" Et moi aussi j'ai été déchirée par les épines de ce désert, et j'y laisse chaque jour quelque partie de ma dépouille. "
Revenant à ses rêveries : " Au bord du ruisseau, dit-elle, au pied de l'arbre, le long de cette haie, de ces sillons où rit la première verdure des blés que je ne verrai pas mûrir, nous aurions admiré le coucher du soleil. Souvent, pendant les tempêtes, cachés dans quelque grange isolée ou parmi les ruines d'une cabane, nous eussions entendu gémir le vent sous le chaume abandonné. Tu croyais peut-être que dans mes songes de félicité, je désirais des trésors, des palais, des pompes ? Hélas ! mes voeux étaient plus modestes, et ils n'ont point été exaucés ! Je n'ai jamais aperçu au coin d'un bois la hutte roulante d'un berger sans songer qu'elle me suffirait avec toi. Plus heureux que ces Scythes dont les druides m'ont conté l'histoire, nous promènerions aujourd'hui notre cabane de solitude en solitude, et notre demeure ne tiendrait pas plus à la terre que notre vie. "
Nous arrivâmes à l'entrée d'un bois de sapins et de mélèzes. La fille de Ségenax s'arrêta, et me dit : " Mon père habite ce bois, je ne veux pas que tu entres dans sa demeure : il t'accuse de lui avoir ravi sa fille. Tu peux, sans être trop malheureux, me voir au milieu de mes chagrins, parce que je suis jeune et pleine de force ; mais les larmes d'un vieillard brisent le coeur. Je t'irai chercher au château." En prononçant ces mots, elle me quitta brusquement.
Je sentais, il est vrai, que Velléda ne m'inspirerait jamais un attachement véritable : elle manquait pour moi de ce charme secret qui fait le destin de notre vie ; mais la fille de Ségenax était jeune, elle était belle, passionnée, et quand des paroles brûlantes sortaient de ses lèvres, tous mes sens étaient bouleversés. Tel est le danger des passions,que même sans les partager vous respirez dans leur atmosphère quelque chose d'emprisonné qui vous enivre. Vingt fois, tandis que Velléda m'exprimait des sentiments si tristes et si tendres, vingt fois je fus prêt à me jeter à ses pieds, à l'étonner de sa victoire, à la ravir par l'aveu de ma défaite. Au moment de succomber, je ne dus mon salut qu'à la pitié même que m'inspirait cette infortunée. Mais cette pitié, qui me sauva d'abord, fut en effet ce qui me perdit, car elle m'ôta le reste de mes forces. Je ne me sentis plus aucune fermeté contre Velléda ; je m'accusai d'être la cause de l'égarement de son esprit par trop de sévérité. Un si triste essai de courage me dégoûta du courage même ; je retombai dans ma faiblesse accoutumée.
lundi 30 mai 2011
S'il s'avise de te pincer les fesses...fais comme si c'était pas trop grave
Je reçois souvent des témoignages de la part d'amis, du genre ce celui là :
"Durant un déjeuné à la cantine, à la pause de midi avec mes collègues, il y a encore une femme qui a raconté qu'un haut fonctionnaire français l'avait tripoté dans le TGV. Réprobation générale de tous les collègues. "Le salaud, le ...."enfin la curée. Ça me démangeait très fort de dire " bon y a pas mort d'homme", mais j en'ai pas trouvé de raison de me faire détester aux yeux de personnes que je trouve plutôt sympathiques d'habitude. Ça m'arrive assez souvent de me retrouver dans cette situation, quand le sexe est abordé de cette manière par les femmes, et ça me met à chaque fois mal à l'aise. Durant ces moments, il y a toujours quelques hommes aussi lâches comme moi qui gardent le silence, mais la majorité prend ouvertement parti pour les demoiselles et lancent les chiens, je déteste vraiment ces situations."
Que répondre à votre copine quand elle "lâche les chiens" de cette manière et que vous, et quelques autres hommes, avez l'impression d'être pris en otage? Il faudrait lui dire que les hommes se fatiguent toute la journée à faire un travail qu'ils n'aiment pas et que ça les rend heureux de regarder une belle fille, et que si un courageux lui met la main, la demoiselle peut très bien faire comme si c'était pas grave, comme proposé par ce film :
Observons la réaction de cette femme (extrait ci en bas) lorsqu'elle reçoit une petite tape sur la fesse. Passé le sursaut de surprise, elle hésite à s'indigner, mais finalement accepte la communication visuelle avec l'homme, on sent presque un peu d'empathie. Et puis ça la fait réfléchir. Elle quitte ce regard masculin qui n'est pas celui du dominateur lubrique, mais d'un homme épuisé par le labeur qui interpelle la femme comme il le peut. Puis elle se dirige vers la fenêtre ouverte pour regarder la réalité, enfin consciente du malheur quotidien de l'humanité au travail, presque déjà gagnée au socialisme. Au final, la main aux fesses agit comme une sorte de rappel à l'ordre moral d'une féminité dont il est difficile d'obtenir l'attention plus de 15 secondes, qu'on soit marié avec la dame depuis 20 ans, ou qu'elle soit votre simple collègue de travail. Une féminité un peu éparpillée qu'il faut parfois aller chercher et rassembler pour le bien commun, comme on peut.
SA
Voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2010/10/western-cassoulet-un-genre-mort-ne.html
vendredi 27 mai 2011
Le transport amoureux expliqué à ma copine
Tu dois savoir, ma douce, que l'amour est une transaction avec un inconnu (celui qui tu appelles ton chéri), qui implique un transport amoureux plus ou moins partagé, et une prise en compte des risques liés à ce transport, eux aussi partagés.
Les parisiennes consomment surtout de l'amour en CPT ou CIP : Tranport amoureux payé par le vendeur jusqu'à un terme à négocier...(+ assurance comprise dans le cas d'un CIP). C'est à dire que suite à un accord entre ton chéri et toi, c'est à lui d'organiser le transport amoureux à sa manière, jusque là où tu le veux bien (c'est toi qui fixe le terme) après c'est plus son problème. Si tu es un peu une paresseuse, tu peux aussi lui demander de fournir une couverture risque (CIP). Mais tu dois te douter que celle-ci restera basique, c'est dans l'assurance que le mec va s'économiser. Le garçon vendeur veut bien faire le transport, mais ne s'engage pas très loin dans le risque. Il t'assurera surement d'une police antiviol de base, par exemple, mais engagera sa responsabilité à court terme : il ne se suicidera pas en cas de rupture du contrat, et ne te garantira pas contre le nomadisme sexuel). Ce sera à toi de t'assurer pour couvrir complètement un transport dans lequel tu es finalement passive : la prévention harcèlement, l'achat pilule/préservatif et les éventuels traitements (mononucléose, hépatite B, Sida....) seront à ta charge.
C'est très utilisé par habitude, je pense que tes copines aiment bien ça, mais c'est finalement pour les branleuses : la parisienne va certes fixer les limites, mais va se charger du risque, sans être active dans l'organisation de son transport. Mesdemoiselles, vraiment aucun intérêt à ce genre de relations. Car quoi ? si vous voulez être amoureuses, organisez vous même votre transport ! on y va ! on organise et puis on prend le risque avec. D'abord parce que ce n'est pas énorme comme risque, deuxièmement parce que quand on fait les choses il faut les faire complètement. Si on a envie de devenir amoureuse, si on s'en sent capable, et ça ne demande pas une énorme compétence, à ce moment là on fait un DAP (délivré sur place).
DAP : Tu deviens "vendeuse", tu délivres sur place en prenant toutes les assurances et en organisant ton transport. Tu te livres à destination, clef en mains, directement chez le mec. Mais tu limites aussi les risques parce que tu imposes ton organisation et tu sais chez qui tu vas. Si, au contraire, tu as envie d'être plus "acheteuse" et que tu as les moyens de prendre en charge le risque, tu te fais draguer en FCA (Franco Transporteur), mais alors, dans ce cas tu organises le transport aussi. Tu le laisses venir à destination, mais selon ton mode et ton itinéraire.
Ce que tu dois retenir du DAP et du FCA, c'est l'importance cruciale de la "place", c'est du porte à porte directement. C'est ta vie privée et ton intimité que tu engages, bien sûr, mais la maîtrise du transport et du risque en amont devrait te garantir qualité de service, tranquillité et responsabilité. En effet, le mec est clairement identifié par toi, vient quand tu en as envie, et surtout est couvert 100% par ton assurance contre les mauvaises surprises. Par exemple, si tu craques pour un musicien en FCA ou en DAP, tu prends une police d'assurance dégâts musicologiques avec une clause spermicide, et tu y vas franco, en porte à porte, parce quand on fait les choses on les fait bien.
SA
lundi 23 mai 2011
Tiens, voici encore du boudin de chatte sur un toit brûlant
Hier j'ai été voir ce film par désarrois au lendemain d'une séance d'oenologie politique qui a dégénéré dans la ville lumière. Je m'ennuie profondément. En face de chez moi, à Versailles, il y a un ciné club, il y avait la chatte sur son toit brûlant.
Je lis une critique affligeante de ce film dans la presse, signée par une parisienne : "La famille est une cage où l'on étouffe dans le mensonge et la rancoeur. (...) Richard Brooks restitue la moiteur sensuelle et désespérée de l'oeuvre de Tennessee Williams. S'il est dommage qu'il laisse l'homosexualité latente de Brick en filigrane, en revanche il sait filmer l'appétit féminin. Elizabeth Taylor, taille si serrée et décolleté si offert, est l'incarnation idéale de cet appel charnel auquel personne ne peut résister."
"La famille est une cage où l'on étouffe dans le mensonge et la rancoeur" : mais qu'est ce que ce que cette femme veut dire par là ? Pourquoi une déclaration aussi péremptoire ? La réponse est simple : madame est en train de faire sa liste de course. Au lieu d'écrire trois tomates et un concombre, et de passer au rayon charcuterie, elle liste en connaisseuse raffinée du cinéma américain : la famille, c'est juste simplement étouffant, c'est clair.
"la moiteur sensuelle et désespérée" Oui, c'est vraiment désespéré, impossible de trouver au Franprix du quartier cette si sensuelle confiture allégée bio que j'adore tant.
"S'il est dommage qu'il laisse l'homosexualité latente de Brick en filigrane" : En effet, le dimanche matin, dans la Marais, il y a un grand marché où il est possible de trouver des sushis bio en promotion. Ce serait dommage de laisser ça de coté, même s'il y a une longue file latente.
"Elizabeth Taylor, taille si serrée et décolleté si offert, est l'incarnation idéale de cet appel charnel auquel personne ne peut résister." Bof, l'actrice de ce film est moyenne. Pas de quoi en faire un plat. On peut très bien lui résister au contraire.
C'est toujours le même problème avec ces cochons de journalistes. Ils n'écrivent pas ce qu'ils voient vraiment, mais ce qu'ils veulent vraiment voir. Ils surajoutent à ce qu'ils regardent du verni, de la peinture, du stuc, de la chantilly sans aucune raison. Et de cette manière, ils croient comprendre, mais, ce faisant, ils renchérissent dans le normatif toujours plus, encore et encore. Cette journaliste nous impose à partir d'un film qu'elle s'est fait du film, une sorte d'usage du monde constitué d'une série des clichés très contraignants enfilés le plus négligemment possible sur une brochette. Le problème c'est qu'en France, il n'y a rien d'autre à manger que ce genre de "viandes douteuses" comme on dit en Afrique.
SA
Voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2011/05/voici-du-boudin-2-minuit-paris-encore.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/10/colloque-lyon-la-presse-alternative.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/05/voila-du-boudin.html
Je lis une critique affligeante de ce film dans la presse, signée par une parisienne : "La famille est une cage où l'on étouffe dans le mensonge et la rancoeur. (...) Richard Brooks restitue la moiteur sensuelle et désespérée de l'oeuvre de Tennessee Williams. S'il est dommage qu'il laisse l'homosexualité latente de Brick en filigrane, en revanche il sait filmer l'appétit féminin. Elizabeth Taylor, taille si serrée et décolleté si offert, est l'incarnation idéale de cet appel charnel auquel personne ne peut résister."
"La famille est une cage où l'on étouffe dans le mensonge et la rancoeur" : mais qu'est ce que ce que cette femme veut dire par là ? Pourquoi une déclaration aussi péremptoire ? La réponse est simple : madame est en train de faire sa liste de course. Au lieu d'écrire trois tomates et un concombre, et de passer au rayon charcuterie, elle liste en connaisseuse raffinée du cinéma américain : la famille, c'est juste simplement étouffant, c'est clair.
"la moiteur sensuelle et désespérée" Oui, c'est vraiment désespéré, impossible de trouver au Franprix du quartier cette si sensuelle confiture allégée bio que j'adore tant.
"S'il est dommage qu'il laisse l'homosexualité latente de Brick en filigrane" : En effet, le dimanche matin, dans la Marais, il y a un grand marché où il est possible de trouver des sushis bio en promotion. Ce serait dommage de laisser ça de coté, même s'il y a une longue file latente.
"Elizabeth Taylor, taille si serrée et décolleté si offert, est l'incarnation idéale de cet appel charnel auquel personne ne peut résister." Bof, l'actrice de ce film est moyenne. Pas de quoi en faire un plat. On peut très bien lui résister au contraire.
C'est toujours le même problème avec ces cochons de journalistes. Ils n'écrivent pas ce qu'ils voient vraiment, mais ce qu'ils veulent vraiment voir. Ils surajoutent à ce qu'ils regardent du verni, de la peinture, du stuc, de la chantilly sans aucune raison. Et de cette manière, ils croient comprendre, mais, ce faisant, ils renchérissent dans le normatif toujours plus, encore et encore. Cette journaliste nous impose à partir d'un film qu'elle s'est fait du film, une sorte d'usage du monde constitué d'une série des clichés très contraignants enfilés le plus négligemment possible sur une brochette. Le problème c'est qu'en France, il n'y a rien d'autre à manger que ce genre de "viandes douteuses" comme on dit en Afrique.
SA
Voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2011/05/voici-du-boudin-2-minuit-paris-encore.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/10/colloque-lyon-la-presse-alternative.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/05/voila-du-boudin.html
Je ne veux plus être dirigé, fini.
"Je ne veux plus être dirigé. C'est à dire "tu vas te mettre là, tu vas faire ça". Je vois pas pourquoi on me dirait ça. il n'y a que moi qui peux le sentir. Mais on pourait me dire, je crois que tu pourrais essayer de faire ça ou ça. Essayer d'accord. Les ordres j'accepte plus maintenant, fini. Ils me font faire des âneries. On devrait jamais donner du texte à suivre. Il faudrait dire "écrivez moi votre texte dites moi comment vous voyez les choses". Et puis conseiller et diriger tout doucement".
Recevoir un ordre, c'est lire un texte écrit par quelqu'un. C'est plus intéressant d'écrire soit même sa part du texte et puis de la donner à accorder à l'autre. De deux choses, l'une : ou vous adoptez une posture fondée sur le savoir et le choix de telle ou telle liste à suivre ou ne pas suivre. Autrement dit ça donne souvent des choses comme : je sais que je n'ai pas le choix, et tu sais bien que je n'ai pas le choix ! (de ce qu'il faut faire ou pas, aimer ou pas etc.) et c'est totalement prescriptif. Ou, au contraire, comme Defunes, de manière beaucoup plus prédictive, vous vous référez au "travail", le plus important est d'interpréter votre part du travail de manière personnelle avec des mots nouveaux inventés par vous, puis de soumettre ces mots aux autres.
A quoi bon se sentir être au monde de manière privilégié, si c'est pour, au final, ne faire que lire un script moyen et se fatiguer à désespérément lui donner de la valeur ajoutée, comme si on était en train de déchiffrer le sens merveilleux des hiéroglyphes, alors qu'on ne fait que suivre l'ordre du jour à la lettre ? A quoi ça sert de lire comme des extralucides dans la personnalité et les intentions du voisin, de déjouer ses intrigues puis conspirer contre lui à son tour, alors qu'on ne fait rien d'autre que de renchérir contre lui dans la norme ? Pourquoi, se contenter exclusivement de se situer, se positionner, percer, saisir ? Si Defunes, comme les autres, classe les gens (Roger Pierre, Darry Cowl...), il ne souhaite à personne de se borner à travailler en suivant une liste. A un moment donné, il s'arrête quelque part, n'importe ou dans un terrain vague et y fait sa part du travail : avoir quelque chose à proposer plutôt que de proposer à quelqu'un d'être.
SA
mercredi 18 mai 2011
Un peu de calme svp
Dans la vie nous avons tous un ou une meilleur(e) ami(e), modèle de vertu, qui prêche la tolérance et l'amour universel. Il se trouve que souvent ce(tte) même ami(e) fait 80 heures par semaine pour son job. Comme modèle de tolérance on peut repasser. L'ami(e) si calme et apaisant(e) devient sur l'autre versant de sa personnalité un fanatique en train de bouillir dans son jus d'envie d'aller travailler. Ce triste individu sacrifie tout ce qui lui passe par les mains à son vice. Pour les psychiatres, ce vice peut être deux chose. Ça peut être l'argent. Dans ce cas ce(tte) bon(ne) ami(e) est un(e) espèce de radin(ne) qui ne vit que pour accumuler du fric, et convertit automatiquement le moindre effort de concentration qui meut son cerveau en pognon. Tout aussi grave, la deuxième voie. Il s'agit d'un malade qui dédaigne l'argent royalement au bénéfice de la loi du plus grand effort possible. Il s'agit d'un être hyperactif, d'un malade de l'effort, d'un forcené relationnel, d'un bûcheron des heures de présence, d'un monomaniaque de la contrainte, qui fait ça pour le plaisir de se sentir en ardeur, de se retrousser les manches la tête en feu, et, on le devine parfois, de pouvoir emmerder le plus de monde possible au nom de l'activité sacrée.
Mais quelle bon Dieu d'activité ? Se fatiguer pour faire du flouze par avarice, ou le pendant horrifique, se fatiguer par masochisme et prendre son fric comme une médaille, une confirmation en fin de mois, des fois où on l'aurait oublié, qu'on s'est vraiment bien fait chier pendant 5 semaines délicieuses.
Mais il y a encore plus grave. Ces petites locomotives qui avancent en poussant de temps en à autre un coup de sifflet comme des agents de polices en train de faire la circulation, comment font-elles pour se reposer, pour ne pas tomber en panne ? C'est très simple, elles écoutent de la musique. Et la magie du son les transporte dans un univers parallèle où ces malades ne sont plus obligés de se justifier de rien aux yeux de qui que ce soit. Et ils en reviennent encore plus fortement bandés qu'avant. Et ils repartent au turbin. Jamais une seconde à eux, toujours le nez dans l'agenda, toujours entre deux créneaux horaires, comme les sentinelles d'un donjon qui s'assurent d'un coup d'œil que personne va venir les faire chier du dehors, les déconcentrer dans leurs maudits travaux.
SA
samedi 14 mai 2011
Voici du boudin 2 : Minuit à Paris, encore un malentendu chez les fous
Minuit à Paris de W. Allen, l'américain blond sur les quais avec une parisienne
Revenu d'Afrique depuis quelques jours, et trouvant la vie en langue française toujours aussi fade, entre les beaux, les festiveaux et les carnaveaux, et la radio aussi, je vais voir le film de Woudi Alen sur Paris. Peut être le point de vue d'un américain pourra t'il m'aider à comprendre pourquoi Paris me semble être une ville remplie de cochons ?
Le Journaliste du Monde dit à propos du film : "On ne croit pas qu'il faille comprendre le film, sur la suggestion du dossier de presse, comme "la déclaration d'amour de Woody Allen à la capitale française, qu'il considère comme la plus belle ville du monde, à l'égal de New York". On croit, au contraire, qu'une certaine imagerie de Paris, comme de New York, aide tout au plus Woody Allen à rendre vivable le fait d'être né vieux, faible, juif et névrosé dans un monde où la force, l'injustice et la cruauté règnent sans partage".
Le journaliste de Libération écrit : "Soyons sérieux, Paris n’est pas le sujet de Midnight in Paris et sa réalité géographique, sociale, humaine, pas davantage (On ne verra pas ici la Goutte-d’or, et encore moins le 9-3). Paris aujourd’hui connaît le même traitement carte postale que Manhattan en 1980. La Ville lumière y est un territoire de rêve purement mental, une sorte de grotte du temps passé qu’il examine [le cinéaste] en spéléologue de la nostalgie".
Pour les deux journalistes il est bien évident que Paris est un "territoire de rêve" susceptible d'"aider" (sans s'imposer) un homme américain, angoissé et excentrique, fantaisiste et intellectuel, pacifiste et fragile et surtout inoffensif, à se réfugier dans une sorte de rêverie mélancolique, de fuite ouatée et doucereuse, hors de la réalité, celles des quartiers paupérisés du 9-3, des sales guerres, du programme nucléaire français....dans la paix et l'harmonie de songes urbains en dentelle parisienne. C'est un Paris "purement mental", un gateway emprunté pour éviter le désenchantement du réel.
Mais c'est là que la critique dérape car c'est difficile de lire que Paris est territoire prétexte au rêve qui nourrit l'exil intérieur du persécuté. Car enfin quel rêve ? Paris est un territoire aménagé à fabriquer des imbéciles. Paris est une dégueulasserie urbanistique, une matrice qui restreint le champ cognitif des français, comme celui des étrangers qui y habitent, qui commende l'usage d'une langue dont l'expression est exacerbée mais inappropriée aux travaux des jours. Paris est une organisation bancale embarquée dans une course folle aux subventions, aux stages, aux formations et au logement, une espèce de foire aux voyages qui vend des origines / destinations mondiales comme un hypermarché Leclerc. A paris, il n'y a strictement rien à faire d’intéressant, rien à rêver, rien à imaginer. La vie passe dans la fadeur et la fatigue entre deux soirées cinées, deux malentendus sentimentaux.
Les journalistes comprennent le contraire de ce que le film imprime. Paris, dans sa réalité et sa rugosité, est bien l'objet de ce cinéma qui est un essai argumenté et engagé de géographie urbaine, sociale et historique. Woody explique que c'était une chance exceptionnelle de vivre à Paris dans les années 1920 et qu'on peut encore y trouver de nombreuses traces dans le Paris d'aujourd'hui. Pour enrichir la réflexion, parce que le sujet est compliqué, le héros blond du film raconte qu'une ville est une symphonie mais en plus difficile à comprendre, et pose la question du postulat relativiste qui voudrait que toutes les villes du monde aient en commun de susciter l’intérêt ou la fuite chez le citadin. Alors justement, lui adore Paris et y trouve des trucs sympas à faire, et il ne va pas visiter ce qui ne l’intéresse pas, genre le 9.3. Il n'y a pas d'exil dans l'imaginaire ni d'utopie urbaine à aller chercher dans ce truc.
Finalement on découvre que le héros aime la musique retro, c'est son truc, et il rencontre une jeune parisienne qui aime ça aussi, les oldies, et en plus elle vend de vieux disques pour faire plaisir, comme ça. C'est totalement vraisemblable et hyper réaliste. Si on aime vraiment la musique, on peut surement se plaire à Paris, où beaucoup de gens aiment ça aussi.
SA
Voir aussi : http://spqrxx.blogspot.com/2011/05/voila-du-boudin.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/05/tiens-voici-encore-du-boudin-de-chatte.html
http://spqrxx.blogspot.com/2011/10/colloque-lyon-la-presse-alternative.html
lundi 2 mai 2011
Voilà du boudin !
Encore de l'écriture qui pue la cochonnaille de journaliste français.
"Dès que les deux enregistreurs auront été retrouvés, un navire de la marine nationale viendra les récupérer sur l'Île de Sein pour les emmener en Guyane. Il semble exclu qu'une escale soit prévue au Brésil par crainte d'une saisie de ces pièces essentielles au déroulement des enquêtes technique et judiciaire. Puis, à bord d'un des avions de ligne quotidiens depuis Cayenne, les enregistreurs seront acheminés au Bourget au BEA qui dispose des bancs spécialisés de lecture. "
En particulier :
"Il semble exclu qu'une escale soit prévue au Brésil par crainte d'une saisie de ces pièces essentielles au déroulement des enquêtes technique et judiciaire". Au début je me suis dit. Bravo, le journaliste écrit comme si c'était l'évidence que les français ne veulent pas que les Brésiliens participent à l'enquête, quitte à leur cacher des informations. Airbus et Air France ne veulent pas être reconnus coupables et donc payer des centaines de millions d'Euros. J'avais lu : "par crainte [de la part d'Air France et d'Airbus] d'une saisie de ces pièces essentielles au déroulement des enquêtes technique et judiciaire [menées par les brésiliens]" Je pensais qu'il évoquait l'enquête brésilienne, ce qui aurait été possible parce qu'il y en a une.
Mais en fait, pas du tout. Il faut lire ça comme ça : "par crainte d'une saisie [de la part de ces sauvages de Brésiliens qui sont des incapables et malveillant en plus] de ces pièces essentielles au déroulement des enquêtes technique et judiciaire [effectuée en France par le BEA, seul capable de lire les boîtes noires.]
dimanche 1 mai 2011
La vie en société est chiante comme un 1er mai
1-La vie en société est chiante, car les autres c'est l'enfer. L'être humain lorsqu'il grandit en humanité est poussé à s'éloigner de ses semblables pour conserver la paix de l'âme et de l'esprit. Cet être humain devient un être d'exception qui ne supporte plus que la proximité d'autres êtres d'exception. Cet être peut défendre la démocratie et l'égalité de tous devant la loi, par principe, mais il trouve ça porfondément ennuyeux.
2- Certains moments -entendre espace spatio-temporels dans l'histoire de l'humanité- de la société sont chiants, car ce sont des moments de brouillages sémantiques, au cours desquels on ne peut de toute façon pas, se faire à la société dans laquelle on vit, car elle se définit elle-même en opposition avec toute notion d'identité. Elle se définti comme la non-société et elle trouve ça formidable. "Ensemble pour tous nous séparer" pourrait être son mot d'ordre.
La 2e solution est facile à combattre pour ses sopposants. "Vous créez un passé mythique, d'une société parfaite, mais non la société est ainsi telle que vous la voyez."Ils ajoutent "Et encore celle-là est plutôt pas mal, il y a bien pire : regardez les musulmans comment il traient les femmes, rien que d'y penser..." C'est là que le bât blesse : il n 'y a pas mieux, mais il y a pire ! Paradoxal n'est-il pas ? S'il y a pire, c'est bien qu'il peut y avoir mieux. Cela signifie aussi que l'on peut porer un jugement sur une société, et que l'on peut se tromper en l'émettant. Cela signifie aussi que forcément on est influencé par sa position d'émetteur du jugement, en l'occurence français. Ce que les français ont beaucoup de mal à comprendre, puisque la majortié de ceux qui se flattent de penser se vantent aussi de ne pas être nationalistes, pas influencés culturelleemnt par leur territoire et leur histoire, c'est pour ça qu'il s pensent. Ce sont évidemment des tarés mais c'est une autre histoire.
Il s'agit donc d'un sophisme qui cache un romantisme indécrottable, la maladie du "je", du "moi" et de "l'être".
NB : cette maladie survit très bien aujourd'hui car tout le monde le dit l'être s'oppose à l'avoir qui est mauvais, alors que l'être est bon. L'égoïsme abominable recouvert par ces notions n'est pas pris en compte. Nous sommes tous Rimbaud et vogue le bateau ivre.
GA
mercredi 27 avril 2011
Sadio le Mandingue irradie l'Alliance française de Ziguinchor
"Nourri à la plus ancienne tradition mandingue, comme à de nombreuses influences, Sadio Cissokho, incarne une pratique de la Kora résolument ouverte, riche d'expériences glanées aux 4 coins du monde.Installé aujourd'hui à Londres, il nous revient avec le Golden Kora Band..."
Ce soir à Ziguinchor, à l'Alliance française, c'est concert. Un des rares groupes sénégalais à réussir au rayon cuisine du monde des supermarchés britanniques. Public de toubabs francs, plus ou moins alcoolisé, mais aussi des spectateurs actifs, volontaires, bienveillants, le petit doigts sur la couture du pantalon,dont on devine l'esprit critique sensible à l'expression artistique exotique. Les toubabs battent des mains et des pieds, rivalisent avec la rythmique africaine, laquelle, notoire, est inlassablement exprimée par les percussions dont Sadio et ses amis abusent généreusement. Ca vous sonne, vous assomme, et pour ne rien arranger, les cordes métalliques de la kora électronique de Sadio, entre deux larsens, rajoutent au supplice, sous les applaudissement et les cris d'encouragement d'un public français en sandalette, avide de son et d'avoine. Comme pour nous rappeler qu'au commencement était le verbe, les voix des néo-griots psychotiques se font bientôt entendre sans fatigue. Un homme et un femme à forte capacité pulmonaire interpellent directement le public en wolof sur le ton très impératif que cette belle langue partage avec l'allemand. Le voix impérieuse de la femme, véritable déesse mythologique, nourricière et guerrière en même temps, est tellement puissante, monocorde, sans jamais sembler manquer d'air, qu'on prête volontiers à ce souffle fertile une sagesse remontée de la nuit des temps. Puis c'est l'éclosion, la germination..à force de rugissements incantatoires, les auditeurs finissent par mousser, exactement comme de la viande de dinde laissée dans une glacière au soleil d'été un jour de barbeuk. Ce soir sur la scène de l'alliance française, sous les manguiers tropicaux bercés par la brise, les toubabs en redemandent. Ils savent plus trop bien quoi d'ailleurs, de la bière, du vin, des frites. Les couples, dont les sentiments réciproques sont exacerbés par la magie du moment, bien sûr, même s'ils ne semblent pas bien malin, entre lentement en fusion....Pendant que Fukuchima contamine dans la joie et l’allégresse le monde au plutonium français, on a envie de mettre fin à cette comédie qu'on appelle la vie dans la langue de chez nous, tant il est vrai que cette musique puissante nous révèle à nous même, c'est à dire des ordures. Je ne suis pas, malheureusement, le professeur Unrat qui regarde danser Lola dans un cabaret de Lubeck. Je suis un français et je regarde d'autres français en train d'essayer de se divertir. Je me sens suffisamment proche d'eux pour être un peu effrayé par ces plats nauséabonds, proposés à la carte du bon gout, dans lesquels ils semblent se repaître comme des cochons.
SA
jeudi 14 avril 2011
La prodigieuse histoire de la femme 1
Ce matin, à l'Alliance Française de Ziguinchor, je lave consciencieusement mon linge dans le lavabo du complexe. Je demande à un membre du personnel un endroit où faire sécher mes affaires. Il me montre l’arrière-cour, le territoire des femmes de ménage de l'Alliance. Nous surprenons, mes deux Tshirt blancs, mon pentalon gris et mon slip noir sous le bras, deux femmes assez âgées en plein travail. Dotés de cuisses énormes et d'un haut du corps plus fin.
La femme africaine ne s'assoit pas quand elle lave, elle se penche, dévoilant au monde sa croupe recouverte d'une jupe, qui l'enracine au sol comme un Baobab, sa colonne vertébrale avec la flexibilité du roseau, se plie vers la bassine d'eau, tandis que ses bras maigres et ses mains noueusest battent le linge sans répits.
Je tends mon paquetage à l'une de ces braves femmes qui doit s’appeler Marie. Elle quitte sa bassine et se relève vers moi, mais reste au 3/4 penchée, parce que ses hanches ont du mal à dépasser l'angle à 90° d'ouverture, 45° étant sa position de travail, et elle travaille 15 heures par jours depuis 40 ans.
Elle inspecte mon travail d'un oeil expert, qui se vrille sur les nombreuses taches que ma négligence a laissé passer sur mes maillots de corps blancs (je refuse de lui laisser examiner mon slip). Mon pantalon gris est jugé propre, mais son essorage laisse à désirer en raison de la rugosité du tissus. La petite dame, vive comme l'éclaire, enroule d'un geste expert les jambe du pantalon suintant autour de l'os de son avant bras blanchit par les lessives et le tord de sa poigne d'acier, comme si c'était le cou d'un poulet, faisant gicler de grandes quantités d'eau à chaque tour de vis. Dans le même temps, sa collègue s'empare de mes Tshirt et les plonge aussitôt dans l'eau de javel de sa bassine. Puis, ensuite, toutes les deux ensembles, se redressent avec ferveur, bras et cou tendus, dans un élan irrésistible vers le ciel, pour tenter d'accrocher mes habits sur les cordes à linge à deux mètres du sol.
Nous pourrions être dans ce film de Stanley Kubrik sur l’odyssée de l'espèce, l'espèce femelle en particulier.
Comme une ellipse spatiotemporelle foudroyante, je me retrouve quelques mètres et secondes plus tard dans la bibliothèque de l'Alliance, où, après des siècles d'émancipation, lessive après lessive, une toubab Franque (Cf photo), la peau délicieusement beurrée par les crèmes du soleil des tropiques, tape nonchalamment sur ordinateur portable, comme si la femme n'avait jamais fait que cela toute son histoire. Les coussinets de ses dix doigts qui frappent légèrement les touches du PC, remplissent la salle tapissée de livre, d'un rythmé, cadencé et apaisant qui appelle la concentration. Mademoiselle pianote un logiciel d'édition, de la page duquel elle glisse vers Photoshop, puis vers outlook, et l'on comprend qu'elle est en train de travailler, en temps réel, à quelque projet de livre d'art en couleur, probablement en relation avec un bal, un festival, ou un carnaval, à la promotion d'un artiste local qui sera bientôt projeté à Paris. Son téléphone portable sonne régulièrement ajoute une sous-rythmique plus lente. Le tempo de l'ensemble est tenu par un petit pieds délicatement chaussé d'une sandale, qui s'agite en va et vient sous la table, cette petite masturbation qui remonte par les cuisses est une mise en branle doucereuse indispensable qui inonde le cervelet d'une hormone de béatitude favorisant, par le plaisir, le travail intellectuel. Nous le voyons, et quand bien même si la française irradieuse de l'ère Fukujima, n'est pas encore parvenu à se redresser totalement, son travail de bureau lui imposant un dos voûté et une tête qui se tasse un peu dans ses épaules...., que de progrès depuis le modèle féminin archaïque de la femme de ménage africaine ! Cette dernière rentre chez elle tous les soirs pour se faire prendre par un mari bien peu connaisseur des critères de beauté européens, et bien sûr faire à bouffer à la famille, avant qu'on la laisse enfin ronfler. Par contre, la toubab blonde, à l'accent de Paris, séparée de sa cousine par des siècles de progrès, restreindra beaucoup plus l’accès à son entre jambe (autrement que par et pour elle-même, nous l'avons vu) et compensera le manque à gagner en cérébralité, dont les temps forts les plus exubérant se marqueront par des pots interminables dans les jardins luxuriant de l'Alliance, ou ses doigts de pieds et de mains continueront à s'agiter de la même manière, mais cette fois pour orchestrer la magnifique symphonie mondaine, sur fond de concert live de jazz manouche, sous les étoiles du soirs du ciel tropical. Bien malin qui parviendra à la sauter. Et bien des honneurs à celui qui trouvera en lui les ressources physiques d'y parvenir dans le cas où elle serait consentante, parce que bourrée.
Que de progrès la femme a accompli, donc, depuis le stade archaïque jusqu'au produit de l'évolution sophistiqué qui enchante nos vies d'aujourd'hui. Il serait tentant en conclusion d'esquisser quelques étapes intermédiaires dans cette grande épopée. Deux sont particulièrement remarquables
1. Le stade que l'on peut dire proto-érectif, que l'on rencontre souvent en Afrique. Il s'agit la femme debout, à 180°, mais encore très attachée la lingère primitive. Cette femme, qui ne travaille plus guère de son corps, est visiblement engagée dans la voie de l’émancipation et donne certains indices d'une vie cérébrale sérieuse. Mais, si elle se sert de plus en plus facilement de son cerveau, la jeunesse de sa libération en fait un être encore cognitivement très entravé par l'inertie de siècles et de siècles d'une mono-activité, à savoir le ménage. Aussi, cette femme debout, va mettre à contribution son avantage intellectuel fraîchement acquis afin de se payer la joie de dominer une femme archaïque, encore à 45°, incapable de faire autre chose de noyer, puis d'étrangler, puis de faire pendre du linge. La femme en érection s'épanouit dans cette relation maîtresse/esclave. Devenue spectatrice sans empathie du travail des autres, elle ne peut s'empêcher de rester fascinée par le prodigieux fessier monolithique que possède sa soumise penchée à la bassine, qu'elle ne quitte jamais du regard, ni ne cesser d'invectiver durant le travail. Encore très étrangère au raffinement du libertinage, et en même temps privée par l'évolution de ce postérieur dont elle est éprise et qu'elle place toujours au coeur même de sa conscience de femme, elle ne fréquente pas d'homme, mais se console par la satisfaction orgueilleuse d'être devenue intelligente.
2. Un autre chaînon dans l'évolution de nos compagnes se rencontre, lui, plus souvent en Europe. Il s'agit de le femme dite proto-connective, qui s'éveille lentement vers cet intellectualisme de la pensée réflexive à l'infinie, spécificité de la femme "computeurisée". Le déclic se produit lorsque cette femme comprend peu à peu, puis de mieux en mieux, l'exercice de la programmation, non pas de son futur logiciel de design, mais de sa machine à laver. C'est le lien naturel entre la bassine à blanchir le linge et la messagerie électronique, entre les mains qui servent de battoirs, et les doigts qui s'agitent comme les ailes d'un colibris sur un clavier. Moins préoccupée que sa sinistre ancêtre par la mise en esclavage des autres femmes qui n'ont pas encore atteint son niveau, elle est davantage attirée par les ambiances "laboratoires", à la fois parce que c'est très propre, un labo, mais aussi à cause des expériences qu'on peut y faire au calme. Cet femme, qui vit sans relation de dépendance, ou d’indépendance, particulière aux hommes, entretient en revanche des liens étroits avec la machine, qu'elle respecte, soigne, sur laquelle elle passe de longues heures de silence à essayer d'en saisir le fonctionnement - et pourquoi pas aussi le sens caché - entre la lecture attentive du mode d'emploi et les nombreuses corrections empiriques motivés par le nouvel objet de sa curiosité.
SA
mercredi 13 avril 2011
Toubab 2. Le travail est un problème majeur de la société française
Soirée film documentaire à l'Alliance française de Ziguinchor ce soir. Le thème : Psychologie du travail et ravage du management. La toile blanche qui fait écran, tendue dans un cadre de roseau, flotte sous la brise du soir dans le jardin tropical. Monsieur et Madame le directeur sont assis juste derrière le vidéoprojecteur.
D'anciens employés français dépressifs sont reçus par un psychiatre de la médecine du travail. Les consultations sont filmées. Les employés racontent l'enfer du travail. Ce qui est dérangeant avec ce genre documentaire qui évoque remarquablement la misère, c'est qu'on ne sait pas si l'on est en train d'assister à un mémoire de recherche de psycho ou de socio, ou alors à une héroïque enquête journalistique racoleuse et sensationnaliste. La caméra fixe et le canon à son gobent de manière indifférencié toutes les humaines horreurs échangées de part et d'autre du bureau en PVC, filmé en coupe, dans le cabinet de consultation, ambiance sécurité sociale : carrelage de cantine scolaire, murs recouverts de peinture beige école communale. Un médecin en blouse blanche, laid, sans maquillage, parle un français métallique et neutre, mais de bon niveau, bien fluide et articulé, tout plein d'une fausse humanité, questionne son patient, que l'on devine expédié par le pôle emplois de son département. Le malade répond dans un français un peu plus bariolé, mais assez bon aussi, il a cela en plus qu'il se perd dans des descriptions, des justifications, dont tout le monde se fou. Quand on pense que certains psychiatres, dans le privé, reçoivent le client dans des salles de consultations luxueuses, lumière tamisée, boiserie précieuse, et tapis persan !
Les toubabs en affaires ou en vacances, qui noient leur soirée tropicale dans l'eau minérale ou la bière, au bar de l'Alliance, regardent le film d'un oeil vague. Les locaux, noirs, employés de l'Alliance regardent aussi. Ils terminent leur journée de travail à la bibliothèque ou au bar par une apothéose filmique française et voient de leurs yeux que les toubabs se font bien plus chier qu'eux au travail, et que finalement, même s'ils sont employés à vie à l'Alliance sans espoir de promotion, et pour des nèfles en plus, ils ont de la chance d'avoir un directeur aussi humain, eux. Il y a aussi d'autres locaux qui font des affaires avec les toubabs, des intermédiaires, des coxers, qui sont renforcés dans leur conviction profonde d'africain, que la france est malade et qu'il faut que ses employés les plus dépressifs viennent se soigner au Sénégal.
Étrangement, il y a un autre écran ce soir à l'Alliance à 20 mètres de là, plus petit, c'est une TV de moyen standing. On y passe du football, et 30 sénégalais supportent Manchester contre une autre équipe d'europe sur des chaises en plastiques. Au début je trouve cela sympathique, merde à ce film hypocrite et à ces toubabs moralistes et coincés qui sortent leur violon enduit d'antiseptique de l’hôpital. Ces enquêtes journalistiques boiteuses qui n'en finissent pas de boiter...mais quand j'entends le commentaire de crétin des journalistes sportifs de Canal Plus, que l'on capte visiblement en Afrique, je me dis qu'il n'y a plus d'espoir, que le reflet de la face de crétin des nuisibles est sans fin.
Alors, je me lève et vais m'abriter à l'intérieur du bar, un peu plus protégé. Je regarde les serveuses faire leur boulot. J'entends encore des bribes du film psy. C'est la partie finale, le débriefing des médecins du travail, dont on se rend compte qu'ils s'expriment entre eux, et avec le journaliste, dans la même langue professionnelle, qui sait si bien racoler dans l'intime, qu'avec les patients.
Et ce film devient peu à peu, ce soir, à Ziguinchor, une obscénité qui provoque la nausée. Nausée que je suis bien le seul à avoir parce qu'à regarder la tête des spectateurs, tout le monde s'en fou.
D'anciens employés français dépressifs sont reçus par un psychiatre de la médecine du travail. Les consultations sont filmées. Les employés racontent l'enfer du travail. Ce qui est dérangeant avec ce genre documentaire qui évoque remarquablement la misère, c'est qu'on ne sait pas si l'on est en train d'assister à un mémoire de recherche de psycho ou de socio, ou alors à une héroïque enquête journalistique racoleuse et sensationnaliste. La caméra fixe et le canon à son gobent de manière indifférencié toutes les humaines horreurs échangées de part et d'autre du bureau en PVC, filmé en coupe, dans le cabinet de consultation, ambiance sécurité sociale : carrelage de cantine scolaire, murs recouverts de peinture beige école communale. Un médecin en blouse blanche, laid, sans maquillage, parle un français métallique et neutre, mais de bon niveau, bien fluide et articulé, tout plein d'une fausse humanité, questionne son patient, que l'on devine expédié par le pôle emplois de son département. Le malade répond dans un français un peu plus bariolé, mais assez bon aussi, il a cela en plus qu'il se perd dans des descriptions, des justifications, dont tout le monde se fou. Quand on pense que certains psychiatres, dans le privé, reçoivent le client dans des salles de consultations luxueuses, lumière tamisée, boiserie précieuse, et tapis persan !
Les toubabs en affaires ou en vacances, qui noient leur soirée tropicale dans l'eau minérale ou la bière, au bar de l'Alliance, regardent le film d'un oeil vague. Les locaux, noirs, employés de l'Alliance regardent aussi. Ils terminent leur journée de travail à la bibliothèque ou au bar par une apothéose filmique française et voient de leurs yeux que les toubabs se font bien plus chier qu'eux au travail, et que finalement, même s'ils sont employés à vie à l'Alliance sans espoir de promotion, et pour des nèfles en plus, ils ont de la chance d'avoir un directeur aussi humain, eux. Il y a aussi d'autres locaux qui font des affaires avec les toubabs, des intermédiaires, des coxers, qui sont renforcés dans leur conviction profonde d'africain, que la france est malade et qu'il faut que ses employés les plus dépressifs viennent se soigner au Sénégal.
Étrangement, il y a un autre écran ce soir à l'Alliance à 20 mètres de là, plus petit, c'est une TV de moyen standing. On y passe du football, et 30 sénégalais supportent Manchester contre une autre équipe d'europe sur des chaises en plastiques. Au début je trouve cela sympathique, merde à ce film hypocrite et à ces toubabs moralistes et coincés qui sortent leur violon enduit d'antiseptique de l’hôpital. Ces enquêtes journalistiques boiteuses qui n'en finissent pas de boiter...mais quand j'entends le commentaire de crétin des journalistes sportifs de Canal Plus, que l'on capte visiblement en Afrique, je me dis qu'il n'y a plus d'espoir, que le reflet de la face de crétin des nuisibles est sans fin.
Alors, je me lève et vais m'abriter à l'intérieur du bar, un peu plus protégé. Je regarde les serveuses faire leur boulot. J'entends encore des bribes du film psy. C'est la partie finale, le débriefing des médecins du travail, dont on se rend compte qu'ils s'expriment entre eux, et avec le journaliste, dans la même langue professionnelle, qui sait si bien racoler dans l'intime, qu'avec les patients.
Et ce film devient peu à peu, ce soir, à Ziguinchor, une obscénité qui provoque la nausée. Nausée que je suis bien le seul à avoir parce qu'à regarder la tête des spectateurs, tout le monde s'en fou.
samedi 2 avril 2011
Toubab 1 : Un animal doué de raison ?
Bar de l'Alliance Française de Ziguinchor, "une ville sous-préfecture en folie"
C'est la règle, quand deux toubabs (toubab : blanc en Afrique francophone) se croisent, ils se regardent avec une indifférence timide et vaniteuse, chacun est une star qui marche dans la rue en espérant garder son anonymat. Si l'on croise une brochette de toubabs en allée, alors que l'on est seul, l'ignorance réciproque sera superbe. Si le français blanc est mal à l'aise dans son rapport au groupe, auquel il se soumet pourtant corps et âme, quand il ne peut pas faire autrement, il est encore plus mal à l'aise dans sa relation à lui même, et préserve son individualité, comme un territoire, contre toutes tentatives d'intrusion de la part d'autrui. L'Africain est, bien sûr, toujours suspecté d'être intrusif, mais le compatriote, l'autre toubab, client régulier du luxuriant bar tropical du centre ville d'une "sous préfecture en folie" comme Ziguinchor ou Bobo Dioulasso, n'est pas mieux considéré. D'autres européens, comme les Italiens et les espagnols, sont considérés comme des princes ou des radins, aléatoirement, par les autochtones qui, malgré tout, s'acharnent à satisfaire les besoins de ces touristes un peu ploucs. A l'opposée, au dire des locaux, les toubabs français seraient de plus en plus difficile à fréquenter, parce qu'ils sont antipathiques, mais aussi, parce qu'ils entrent facilement en concurrence avec les africains. En effet, le français montre souvent le besoin de vivre comme l'autochtone et de s’identifier à lui, mais, si le toubab va rechercher l'acoquinement avec l'habitant, ce dernier va rapidement pragmatiquement lui faire de l'ombre, l'un des deux sera vite de trop au soleil.
Cette reconnaissance de l'étranger en tant que mètre étalon, peut donner l'illusion d'un principe de"métissage" qui signerait la culture française du voyage. Ce rapport à l'autre est cependant totalement intransitif, il est plutôt à considérer comme une penchant psyco-sociologique pour la compréhension, sans réciprocité. Par comparaison, en Guniée Bissau, par exemple, il y a véritablement créolisation. C'est à dire que les portugais couchent sans contraceptifs avec les guinéens et fréquentent les mêmes bibliothèques. Ils partagent l'epos (la mémoire) l'ethos (la culture), le genos (la parenté), le logos (la langue), le topos (le lieu)....sans plus de difficultés. Ce n'est pas le cas du tout dans l'ancienne Afrique Française, ou le "fromage bien blanc" fraîchement sorti de l'avion, se transforme en beau "jambon rougeau" sous le soleil tropical, et fait contraste avec la mélanine des habitants. On se demande si c'est en réaction à cela, qu'ont été inventé des concepts comme la Négritude ou l'Ivoirité, ainsi que la pertinence de cet anoblissement de la couleur africaine, dans la mesure où il s'oppose à une palette française qui fait plutôt référence à la vitrine fromage / charcuterie du traiteur du quartier.
Quelle peut être la psychologie de ces toubabs, de Paris ou de Province, qui se promènent nonchalamment dans les ruelles africaines, à des décennies d'études après le bac, et tous les symptômes d’inhibition physique et de cérébralité intellectuelle qui vont avec : le front plissé, barré par les sourcils, le dos maigre, musculeux et voûté, plein de contractures, chez les hommes comme chez les femmes, ces dernière qui ont en plus les seins placés trop bas, et qui tombent, faute d'usage, comme souvent chez les intellectuelles. Leur tête est certainement mieux faite, car elle n'est pas très pleine en vérité. C'est, en effet, un savoir efficace qui les possède, comme la joie de déambuler 5 minutes dans les rayonnages de la bibliothèque du Centre Culturel Français, avant de s'embarquer en 4x4 revitaliser la culture régionale de la cambrousse à l'occasion d'un festival jazz un peu cucu. Ces espèces de Francs, filles et fils de Clovis, qui cachent leur atavisme germanique derrière un accent français à couper au couteau, toujours plus parisien, à mesure de la monstrueuse croissance de cette ville, pleinement macrocéphale, qui s'énonce en un sourire coincé, une ouverture biaisée vers l'autre, une agressivité latente : "chai pas enfin heuuu jveux dire, le truceuuu le machinheuuu, twoi csqujwedire ?..en parlant du steak frite à 3000 Francs sur la carte du restaurant ou, de la même manière, de l'exposition d'un artiste local totalement nul. Ce ramage extraordinaire compense le trop blond plumage nordique délavé par l'apprêté du climat des pays chauds, la clope dans le bec remplace le fromage de la fable.
Forgée au feu de la colonisation et du progressisme durant cette époque historique de crétinisme aiguë qu'était le Second Empire, la compréhension de la révolution industrielle par les français n'a pas été une réussite. Conséquence directe, le toubab, chez lui, en France, a l'habitude d'user plusieurs fois par jours, sans même s'en rendre compte, des infrastructures à grande capacité, pour lesquelles il paye cher, et qui forment un espèce de ciment national : sa centrale nucléaire au plutonium, son TGV, son autoroute, son hypermarché, sa capitale mondiale, Paris. Il en résulte une path dependancy, comme disent les anglais, ou encore une dépendance à l'infrastructure qui rendrait les gens butés et obsédés, comme si le moteur ou le goudron, ou l'hypercentralité d'une ville, bridaient l'imagination. Si le toubab des tropiques n'emporte pas ses infrastructures avec lui dans ses bagages, son comportement et sa psychologie restent déterminés. En pratique cette maladie s'exprime par l'illusion du "libre choix", exactement comme une liste de course qui donne l'impression au client d'avoir le choix entre les millions de produits de l'hypermarché de Monsieur Leclerc, alors qu'il ne fait que suivre docilement sa liste écrite à l'avance par rapport à l’énorme catalogue du magasin qu'il a fastidieusement appris par coeur. Il en va de même sur les routes d’Afrique où le français y poursuit, en rêve, ses inventaires de supermarchés et son besoin d'énergie inépuisable à satisfaire.
SA
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